‹ uvres de Jean Rotrou (volume 2)Chapitre 137 sur 465 · ACTE II, SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE I

En quelque objet qu'il soit à toute la province , Je ne regarde en lui ni monarque ni prince, Et ne vois sous l'éclat dont il est revêtu Que de traîtres appâts qu'il tend à ma vertu. Après ses sentimens à mon honneur sinistres, L'essai de ses présens , l'effort de ses ministres , Ses plaintes , ses écrits , et la corruption De ceux qu'il crut pouvoir servir sa passion , Ces moyens vicieux aidant mal sa poursuite, Aux vertueux enfin son amour est réduite ; Et pour venir à bout de mon honnêteté , Il met tout en usage, et crime et piété. Mais en vain il consent que l'amour nous unisse : C'est appeler l'honneur au secours de son vice ; Puis s'étant satisfait, on sait qu'un souverain D'un hymen qui déplaît a le remède en main : Pour en rompre les nœuds et colorer ses crimes j L'état ne manque pas de plausibles maximes. Son infidélité suivroit de près la foi : Seul il se considère; il s'aime, et non pas moi.

THÉODORE

Ses vœux un peu bouillans vous font beaucoup d'ombrage.

CASSANDRE

Il vaut mieux faillir moins et craindre davantage.

THÉODORE

La fortune vous rit et ne rit pas toujours.

CASSANDRE

Je crains son inconstance et ses courtes amours ; Et puis , qu'est un palais , qu'une maison pompeuse Qu'à notre ambition bâtit cette trompeuse ,

igS VENCESLAS,

Où l'âme dans les fers gémit à tout propos,

Et ne rencontre pas le solide repos ?

THÉODORE

Je ne vous puis qu'offrir après un diadème.

CASSANDRE

Vous me donnerez plus me laissant à moi-même,

Seriez-vous moins à vous ayant moins de rigueur ?

CASSANDRE

N'appelleriez-vous rien la perte de mon cœur?

THÉODORE

Vous feriez un échange et non pas une perte.

CASSANDRE

Et j'aurois cette injure impunément soufferte !

Et ce que vous nommez des vœux un peu bouillans ,,

Ces desseins criminels, ces efforts insolens,

Ces libres entretiens, ces messages infâmes,

L'espérance du rapt dont il flattoit ses flammes,

Et tant d'offres enfin dont il me crut toucher,

Au sang de Cunisberg se pourroient reprocher!

THÉODORE

Ils ont votre vertu vainement combattue.

CASSANDRE

On en pourroit douter si je m'en étois tue.

Et si , sous cet hymen me laissant asservir ,

Je lui donnois un bien qu'il m'a voulu ravir.

Excusez ma douleur; je sais, sage princesse,

Quelles soumissions je dois à votre altesse;

Mais au choix que mon cœur doit faire d'un époux.

Si j'en crois mon honneur, je lui dois plus qu'à vous.

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