‹ uvres de Jean Rotrou (volume 2)Chapitre 138 sur 465 · SCÈNE IL · texte numérisé non relu

SCÈNE IL

Les mêmes; LADISLAS.

LADiSLAs, a part.

Cède , cruel tyran d'une amitié si forte , Respect qui me retiens, à l'ardeur qui m'emporte : Sachons si mon hymen ou mon cercueil est prêt; Impatient d'attendre, entendons mon arrêt!

( A Cassandre .)

Parlez , belle ennemie : il est temps de résoudre Si vous devez lancer ou retenir la foudre; Il s'agit de me perdre ou de me secourir. Qu'en avez-vous conclu ? faut-il vivre ou mourir ? Quel des deux voulez-vous , ou mon cœur ou ma cendre ? Quelle des deux aurai-je, ou la mort ou Cassandre? L'hymen à vos beaux jours joindra-t-il mon destin , Ou si votre refus sera mon assassin ?

CASSANDRE

Me parlez-vous d'hymen? voudriez-vous pour femme L'indigne et vil objet d'une impudique flamme? Moi, dieux! moi la moitié d'un roi, d'un potentat! Ah! prince! quel présent feriez-vous à l'état. De lui donner pour reine une femme suspecte; Et quelle qualité voulez-vous qu'il respecte En un objet infâme et si peu respecté. Que vos sales désirs ont tant sollicité?

LADISLAS

Il respectera donc la vertu la plus digne

Dont l'épreuve ait jamais fait une femme insigne,

Et le plus adorable et plus divin objet

Qui de son souverain fit jamais son sujet.

Je sais trop ( et jamais ce cœur ne vous approche ,

aoo VENCESLAS,

Que confus de ce crime il ne se le reproche)

A quel point d'insolence et d'indiscrétion

Ma jeunesse d'abord porta ma passion ;

Il est vrai qu'ébloui de ces yeux adorables

Qui font tant de captifs et tant de misérables,

Forcé par des attraits si dignes de mes vœux ,

Je les contemplai seuls et ne recherchai qu'eux.

Mon respect s'oublia dedans cette poursuite.

Mais un amour enfant put manquer de conduite :

Il portoit son excuse en son aveuglement,

Et c'est trop le punir que du bannissement.

Sitôt que le respect m'a désillé la vue ,

Et qu'outre les attraits dont vous êtes pourvue,

Votre soin , votre sang , vos illustres aïeux ,

Et vos rares vertus m'ont arrêté les yeux,

De mes vœux aussitôt réprimant l'insolence,

J'ai réduit sous vos lois toute leur violence ,

Et, restreinte à l'espoir de notre hymen futur.

Ma flamme a consumé ce qu'elle avoit d'impur :

Le flambeau qui me guide et l'ardeur qui me presse

Cherche en vous une épouse et non une maîtresse :

Accordez-la , madame , au repentir profond

Qui détestant mon crime à vos pieds me confond :

Sous cette qualité souffrez que je vous aime ,

Et privez-moi du jour plutôt que de vous-même :

Car enfin si l'on pèche adorant vos appas ,

Et si l'on ne vous plaît qu'en ne vous aimant pas.

Cette offense est un mal que je veux toujours faire.

Et je consens plutôt à mourir qu'à vous plaire.

CASSANDRE

Et mon mérite, prince, et ma condition. Sont d'indignes objets de votre passion :

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