‹ uvres de Jean Rotrou (volume 2)Chapitre 139 sur 465 · ACTE II, SCÈNE IL · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE IL

Mais quand j'estimerois vos ardeurs véritables , Et quand on nous verroit des qualités sortables, On ne verra jamais l'hymen nous assortir , Et je perdrai le jour avant qu'y consentir. D'abord que votre amour fit voir dans sa poursuite Et si peu de respect et si peu de conduite, Et que le seul objet d'un dessein vicieux Sur ma possession vous fît jeter les yeux, Je ne vous regardai que par l'ardeur infâme Qui ne m'appeloit point au rang de votre femme, Et que par cet effort brutal et suborneur Dont votre passion attaquoit mon honneur; Et, ne considérant en vous que votre vice, Je pris en telle horreur vous et votre service , Que si je vous offense en ne vous aimant pas, Et si dans mes vœux seuls vous trouvez des appas. Cette offense est un mal que je veux toujours faire, Et je consens plutôt à mourir qu'à vous plaire.

LA.DISLAS.

Eh bien ! contre un objet qui vous fait tant d'horreur, Inhumaine, exercez toute votre fureur; Armez-vous contre moi de glaçons et de flammes; Inventez des secrets de tourmenter les âmes; Suscitez terre et ciel contre ma passion ; Intéressez l'état dans votre aversion; Du trône où je prétends détournez son suffrage, Et pour me perdre enfin mettez tout en usage : Avec tous vos efforts et tout votre courroux Vous ne m'ôterez pas l'amour que j'ai pour vous : Dans vos plus grands mépris je vous serai fidèle; Je vous adorerai, furieuse et cruelle;

ao2 VENCESLAS,

Et, pour vous conserver ma flamme et mon amour,

Malgré mon désespoir conserverai le jour.

THÉODORE

Quoi ! nous n'obtiendrons rien de cette humeur altière !

CASSANDRE

Il m'a dû, m'attaquant, connoître toute entière, Et savoir que l'honneur m'étoit sensible au point D'en conserver l'injure et ne pardonner point.

THÉODORE

Mais vous venger ainsi c'est vous punir vous-même; Vous perdez avec lui l'espoir d'un diadème.

CASSANDRE

Pour moi le diadème auroit de vains appas

Sur un front que j'ai craint et que je n'aime pas.

Régner ne peut déplaire aux âmes généreuses.

CASSANDRE

Les trônes bien souvent portent des malheureuses Qui, sous le joug brillant de leur autorité, Ont beaucoup de sujets et peu de liberté.

^ THÉODORE

Redoutez-vous un joug qui vous fait souveraine?

CASSANDRE

Je ne veux point dépendre et veux être ma reine: Ou ma franchise enfin, si jamais je la perds, Veut choisir son vainqueur et connoître ses fers.

THÉODORE

Servir un sceptre en main vaut bien votre franchise.

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