‹ uvres de Jean Rotrou (volume 2)Chapitre 14 sur 465 · ACTE II, SCENE II · texte numérisé non relu

ACTE II, SCENE II

MARCELLE , lui donnant son rôle.

J'en prendrai votre avis, oyez-moi réciter.

( Elle répète.)

« J'ose à présent , ô ciel , d'une vue assurée ,

» Contempler les brillans de ta voûte azurée,

» Et nier ces faux dieux qui n'ont jamais foulé

» De ce palais roulant le lambris étoile.

» A ton pouvoir, seigneur, mon époux rend hommage ;

» 11 professe ta foi, ses fers t'en sont un gage;

» Ce redoutable fléau des dieux sur les chrétiens,

» Ce lion altéré du sacré sang des tiens,

» Qui de tant d'innocens crut la mort légitime,

» De ministre qu'il fut, s'offre enfin pour victime,

» Et , patient agneau , tend à ses ennemis

» Un col à ton saint joug heureusement soumis. »

GENEST

Outre que dans la cour que vous avez charmée On sait que votre estime est assez confirmée, Ce récit me surprend, et vous peut acquérir Un renom au théâtre à ne jamais mourir.

MARCELLE

Vous m'en croyez bien plus que je ne m'en présume.

GENEST

La cour viendra bientôt; commmandez qu'on allume.

( Il repasse son rôle.) ( Marcelle sort.)

« 11 seroit, Adrien, honteux d'être vaincu;

» Si ton Dieu veut ta mort, c'est déjà trop vécu;

y^ J'ai vu, ciel, tu le sais par le nombre des âmes

» Que j'osai t'envoyer par des chemins de flammes ,

» Dessus les grils ardens et dedans les taureaux,

» Chanter les condamnés et trembler les bourreaux.

( Il répète ces quatre derniers vers.)

» J'ai vu , ciel , tu le sais par le nombre des âmes

» Que j'osai l'envoyer par des chemins de flammes,

» Dessus les grils ardens et dedans les taureaux,

» Chanter les condamnés et trembler les bourreaux.»

Dieux , prenez contre moi ma défense et la vôtre ;

D'effet comme de nom je me trouve être un autre;

Je feins moins Adrien que je ne le deviens,

Et prends avec son nom des sentimens chrétiens.

Je sais, pour l'éprouver, que par un long étude

L'art de nous transformer nous passe en habitude,

Mais il semble qu'ici des vérités sans fard

Passent et l'habitude et la force de l'art,

Et que Christ me propose une gloire éternelle

Contre qui ma défense est vaine et criminelle ;

J ai pour suspects vos noms de dieux et d'immortels ,

Je répugne aux respects qu'on rend à vos autels;

Mon esprit, à vos lois secrètement rebelle.

En conçoit un mépris qui fait mourir son zèle;

Et, comme de profane enfin sanctifié.

Semble se déclarer pour un crucifié.

Mais où va ma pensée, et par quel privilège

Presque insensiblement passé-je-je au sacrilège,

Et du pouvoir des dieux perds-je le souvenir?

Il s'agit d'imiter, et non de devenir.

(Le ciel s'ouvre.) UIVE VOIX.

Poursuis, Genest, ton personnage; Tu n'imiteras point en vain ; Ton salut ne dépend que d'un peu de courage. Et Dieu t'y prêtera la main.

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