‹ uvres de Jean Rotrou (volume 2)Chapitre 170 sur 465 · SCENE PREMIERE · texte numérisé non relu

SCENE PREMIERE

THÉODORE, LÉONOR

THÉODORE

De quel air, Léonor, a~t-il reçu ma lettre?

LÉONOR

D'un air et d'un visage à vous en tout promettre :

En vain sa modestie a voulu déguiser;

Venant à votre nom il l'a fallu baiser.

Gomme à force, imprimant sur ce cher caractère

Une marque d'un feu qu'il sent, mais qu'il veut taire.

THÉODORE

Que tu prends mal ton temps pour éprouver un co&ur

Que la douleur éprouve avec tant de rigueur !

J'ai plaint la mort du duc comme d'une personne

Nécessaire à mon père et qui sert sa couronne;

Et quand on me guérit de ce fâcheux rapport,

Et quand j'apprends qu'il vit , j'apprends qu'un frère est mort.

Encor, quoique nos cœurs fussent d'intelligence,

Je ne puis de sa mort souhaiter la vengeance.

J'aimois également le mort et l'assassin ,

246 VENCESLAS

Je plains également l'un et l'autre destin;

Pour un frère meurtri ma douleur a des larmes,

Pour un frère meurtrier ma fureur n'a point d'armes;-

Et si le sang de l'un excite mon courroux,

Celui Mais le duc vient : Léonor, laissez-nous.

( Léonor sort. )

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