ACTE V, SCENE II
J'imputois votre prise aux charmes de Cassandre; Mais l'infant l'adorant , vous n'y pouviez prétendre.
Mes vœux ont pris, madame, un vol plus élevé, Aussi par ma raison n'est-il pas approuvé.
THÉODORE
Ne cherchez point d'excuse en votre modestie : Nommez-la, je le veux.
FÉDERIC.
Je suis sans repartie , Mais ma voix cédera cet office à vos yeux : Vous-même nommez-vous cet objet glorieux; Vos doigts ont mis son nom au bas de cette lettre.
(Lui donnant sa lettre ouverte.)
THÉODORE, ayant lu son nom.
Votre mérite , duc , vous peut beaucoup permettre , Mais... .
FÉDERIC.
Osant vous aimer, j 'ai condamné mes vœux , Je me suis voulu mal du bien que je vous veux; Mais, madame, accusez une étoile fatale. D'élever un espoir que la raison ravale, De faire à vos sujets encenser vos autels. Et de vous procurer des hommages mortels.
THÉODORE
Si j'ai pouvoir sur vous, puis-je de votre zèle Me promettre à l'instant une preuve fidèle?
FÉDERIC.
Le beau feu dont pour vous ce cœur est embrasé Trouvera tout possible, et l'impossible aisé.
L'effort VOUS en sera pénible , mais illustre.
FÉDERIC.
D'une si noble ardeur il accroîtra le lustre.
THÉODORE
Tant s'en faut : cette épreuve est de tenir caché
Un espoir dont l'orgueil vous seroit reproché,
De vous taire et n'admettre en votre confidence
Que votre seul respect avec votre prudence;
Et pour le prix enfin du service important
Qui rend sur tant de noms votre nom éclatant,
Aller en ma faveur demander à mon père,
Au lieu de notre hymen, la grâce de mon frère.
Prévenir son arrêt, et par votre secours
Faire tomber l'acier prêt à trancher ses jours.
De cette épreuve, duc, vos vœux sont-ils capables?
FÉDERIC.
Oui, madame, et de plus, puisqu'ils sont si coupables; Ils vous sauront encor venger de leur orgueil. Et tomber avec moi dans la nuit du cercueil.
THÉODORE
Non, je vous le défends, laissez-moi mes vengeances, Et, si j'ai droit sur vous, observez mes défenses. Adieu, duc.
( Elle sort.) FÉDERIC seul.
Quel orage agite mon espoir!
Et quelle loi, mon cœur, viens-tu de recevoir! Si j'ose l'adorer, je prends trop de licence;