‹ uvres de Jean Rotrou (volume 2)Chapitre 183 sur 465 · ACTE V, SCENE IX · texte numérisé non relu

ACTE V, SCENE IX

Régnez, après l'état j'ai droit de vous élire, Et donner en mon fils un père à mon empire.

LADISLAS

Que faites-vous, grand roi?

VENCESLAS

M'appeler de ce nom,.

C'est hors de mon pouvoir mettre votre pardon. Je ne veux plus d'un rang où je vous suis contraire. Soyez roi, Ladislas , et moi je serai père. Roi , je n'ai pu des lois souffrir les ennemis ; Père , je ne pourrai faire périr mon fils. Une perte est aisée où l'amour nous convie : Je ne perdrai qu'un nom pour sauver une vie, Pour contenter Cassandre, et le duc et l'état, Qui les premiers font grâce à votre assassinat: Le duc pour récompense a requis cette grâce, Ce peuple mutiné veut que je vous la fasse, Cassandre le consent, je ne m'en défends plus; Ma seule dignité m'enjoignoit ce refus.

Sans peine je descends de ce degré suprême : J'aime mieux conserver un fils qu'un diadème.

LADISLAS

Si vous ne pouvez être et mon père et mon roi, Puis-je être votre fils et vous donner la loi ? Sans peine je renonce à ce degré suprême; Abandonnez plutôt un fils qu'un diadème.

Je n'y prétends plus rien , ne me le rendez pas : Qui pardonne à son roi puniroit Ladislas, Et sans cet ornement feroit tomber sa tête.

ïSq

a6o VENCESLAS,

LADISLAS

A VOS ordres, seigneur, la voilà toute prête;

Je la conserverai puisque je vous la dois;

Mais elle régnera pour dispenser vos lois,

Et toujours, quoi qu'elle ose ou quoi qu'elle projette,

Le diadème au front sera votre sujette.

(A Fe'déric.)

Par quel heureux destin , duc , ai-je mérité

Et de votre courage et de votre bonté

Le soin si généreux qu'ils ont eu pour ma vie?

FÉDERIC.

Ils ont servi l'état alors qu'ils l'ont servie.

Mais , et vers la couronne et vers vous acquitté ,

J'implore une faveur de votre majesté.

LADISLAS

Quelle?

Votre congé, seigneur, et ma retraite, Pour ne vous plus nourrir cette haine secrète Qui , m'expliquant si mal, vous rend toujours suspects Mes plus ardens devoirs et mes plus grands respects.

LADISLAS

Non, non, vous devez , duc, vos soins à ma province Roi, je n'hérite point des différens du prince. Et j'augurerois mal de mon gouvernement S'il m'en falloit d'abord ôter le fondement : Qui trouve où dignement reposer sa couronne. Qui rencontre à son trône une ferme colonne. Qui possède un sujet digne de cet emploi. Peut vanter son bonheur et peut dire être roi. Le ciel nous l'a donné, cet état le possède;

Page 1