‹ uvres de Jean Rotrou (volume 2)Chapitre 190 sur 465 · ACTE I, SCENE L · texte numérisé non relu

ACTE I, SCENE L

» Élever peu de gens si haut qu'ils puissent nuire ;

» Être lent à former , aussi-bien qu'à détruire ;

» Des bonnes actions garder le souvenir ;

» Prompt à récompenser, et tardif à punir ?

» N'est-ce pas sur cet art , leur dis-je , et ces maximes ,

» Que se maintient le cours des règnes légitimes?»

Voilà la vérité touchant le premier point ;

3'apprends qu'on vous l'a dite, et ne m'en défends point.

VENGES LA s.

Poursuivez.

LADISLAS

A l'égard de l'ardente colère Oii vous met le parti du duc et de mon frère , Dont l'un est votre cœur si l'autre est votre bras , Dont l'un règne en votre âme , et l'autre en vos états, Je hais l'un , il est vrai , cet insolent ministre , Qui vous est précieux autant qu'il m'est sinistre ; Vaillant , j'en suis d'accord ; mais vain , fourbe , flatteur , Et de votre pouvoir secret usurpateur; Ce duCj pour qui votre âme, à tous autres cachée, Jusqu'à l'intimité s'est toujours épanchée , Et qui sous votre nom , beaucoup plus roi que vous , Met à me desservir ses plaisirs les plus doux, Vous fait mes actions pleines de tant de vices , Et me rend près de vous tant de mauvais offices , Que vos yeux prévenus ne trouvent plus en moi Rien qui vous représente et qui promette un roi. J'aurois dissimulé tous les traits dont l'envie Par la voix du perfide ose noircir ma vie , S'il n'usurpoit encor , ne m'ôtoit les emplois Qui , si jeune , m'ont fait l'effroi de tant de rois ; Aux dépens de ma gloire il a des Moscovites Arrêté les progrès et restreint les limites : Il triomphe à ma honte; et de cette action Vous avez mis le prix à sa discrétion. Mais, s'il est trop puissant pour craindre ma colère , Qu'il pense mûrement au choix de son salaire ;

l'ji VENCESLAS,

Et que ce grand crédit qu'il possède à la cour ,

S'il méconnoît mon rang , respecte mon amour ;

Ou, tout brillant qu'il est, il lui sera frivole :

Je n'ai pas sans sujet lâché cette parole ;

Quelques bruits m'ont appris jusqu'oii vont ses desseins.

Et c'est un des sujets , seigneur, dont je me plains.

VENCESLAS

Achevez.

LADISLAS

Pour mon frère , après son insolence , Je ne puis m' emporter à trop de violence ; Et de tous vos tourmens la plus affreuse horreur Ne le sauroit soustraire à ma juste fureur. Quoi ! quand , le cœur outré de sensibles atteintes , Je fais entendre au duc le sujet de mes plaintes , Et de ses procédés justement irrité , Je veux en imposer à sa témérité.

Étourdi , furieux , et poussé d'un faux zèle , Mon frère contre moi veut prendre sa querelle ; Et , bien plus , sur l'épée ose porter la main ! Ah ! j'atteste du ciel le pouvoir souverain , Qu'avant que le soleil sortant du sein de l'onde Ote et rende le jour aux deux moitiés du monde , Il m'ôtera le sang qu'il n'a pas respecté. Ou xae fera raison de cette indignité.

Puisque je suis au peuple en si mauvaise estime , Il la faut mériter du moins par un grand crime , Et , de vos châtimens menacé tant de fois , Me rendre un digne objet de la rigueur des lois,

VENCESLAS, ù part.

Que puis-je plus tenter sur cette âme hautaine ? Essayons l'artifice oii la rigueur est vaine , Puisque plainte , froideur , menace , ni prison , Ne l'ont pu jusqu'ici réduire à la raison.

(A Ladislas.) Ma créance , mon fils, sans doute un peu légère,

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