‹ uvres de Jean Rotrou (volume 2)Chapitre 189 sur 465 · ACTE I, SCENE I · texte numérisé non relu

ACTE I, SCENE I

Et que vos passions , ces rebelles sujets , De cette noble ardeur soient les premiers objets y Par ce genre de règne il faut mériter l'autre : A ces titres, mon fils, mon rang sera le vôtre ; Mes états, mes sujets, tout fléchira sous vous; Et, sujet de vous seul , vous régnerez sur tous. Mais si , toujours vous-même , en esclave du vice ^ Vous ne prenez de loi que de votre caprice ; Et si , pour encourir votre indignation , Il ne faut qu'avoir part en mon affection ; Si votre humeur hautaine , enfin , ne considère INi les profonds respects dont le duc vous révère y Ni l'étroite amitié dont l'infant vous chérit , Ni la soumission d'un peuple qui vous rit, Ni d'un père et d'un roi le conseil salutaire ; Lors , pour être tout roi , je ne serai plus père , Et, vous abandonnant à la rigueur des lois , Aux dépens de mon sang je maintiendrai mes droits,

LADI5LAS.

Encor que de ma part tous vous choque et vous blesse ^

En quelque étonnement que ce discours me laisse.

Je tire au moins ce fruit de mon attention ,

D'avoir su vous complaire en cette occasion ;

Et sur chacun des points qui semblent me confondre ,

J'ai de quoi me défendre et de quoi vous répondre ,

Si j'obtiens à mon tour et l'oreille et le cœur.

VENCESLAS

Parlez ; je gagnerai , vaincu plus que vainqueur : Je garde encor pour vous les sentimens d'un père ; Et mon erreur détruite alors me sera chère.

LADISLAS

Au retour de la chasse , hier, avec les miens , Nous occupant sans choix de divers entretiens , Tombés sur le discours des intérêts des princes , Nous en vînmes sur l'art de régir les provinces , Oii chacun à son gré forgeant des potentats ,

a7o VENCESLAS,

Chacun selon son sens gouvernant vos états ,

Et presque aucun avis ne se trouvant conforme ,

L'un prise votre règne, uu autre le réforme;

Il trouve ses censeurs comme ses partisans ;

Mais généralement chacun plaint vos vieux ans.

Moi , sans m'imaginer vous faire aucune injure,

Je glissai mes avis dans ce libre murmure ,

Et , mon sein à ma voix s'osant trop confier,

Ce discours m'échappa, je ne puis le nier :

« Comment, dis-je , mon père accablé de tant d'âge,

» Et la force aujourd'hui servant mal son courage ,

» Ne me charge-t-il pas , avant d'y succomber,

» D'un pénible fardeau qui le fera tomber ?

» Devroit-il , me pouvant assurer sa couronne,

» Hasarder que l'état me l'ôte ou me la donne ?

» Et n'ai-je pas appris sous son gouvernement

» Assez de politique et de raisonnement ,

» Pour savoir à quels soins oblige un diadème ,

» Ce qu'un roi doit aux siens , à l'état , à soi-même ,

» A ses confédérés , à la foi des traités ;

» Quel terme il doit prescrire à ses droits limités;

» Quelle guerre est nuisible , ou quelle est d'importance ;

» A qui , quand , et comment il doit son assistance;

» Et, jusqu'en l'avenir portant ses soins prudens,

» Quel ordre il doit tenir et dehors et dedans ?

» Ne sais- je pas qu'un roi qui veut qu'on le révère

» Doit mêler à propos l'affable et le sévère ,

» Et, selon l'exigence et des temps et des lieux,

» Savoir faire parler et son front et ses yeux ;

» Mettre bien la franchise et la feinte en usage ;

» Porter tantôt un masque et tantôt un visage j

» Quelque avis qu'on lui donne être toujours pareil ;

» Et se croire souvent plus que tout son conseil :

» Mais surtout ( et delà dépend l'heur des couronnes)

» Appliquer sagement les emplois aux personnes ,

» Et faire, par des choix judicieux et sains ,

» Tomber le ministère en de fidèles mains :

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