‹ uvres de Jean Rotrou (volume 2)Chapitre 2 sur 465 · VALÉRIE, CAMILLE · texte numérisé non relu

VALÉRIE, CAMILLE

CAMILLE

l^u o I ! VOUS ne sauriez vaincre une frayeur si vaine ! Un songe, une vapeur vous cause de la peine , A vous sur qui le ciel déployant ses trésors, Mit un insigne esprit dans un si digne corps !

VALÉRIE

Le premier des Césars apprit bien que les songes Ne sont pas toujours faux et toujours des mensonges; Et la force d'esprit dont il fut tant vanté , Pour l'avoir conseillé , lui coûta la clarté.

Le ciel comme il lui plaît nous parle sans obstacle;

S'il veut, la voix d'un songe est celle d'un oracle.

Et les songes, surtout tant de fois répétés,

Ou toujours, ou souvent, disent des vérités.

Déjà cinq ou six nuits à ma triste pensée

Ont de ce vil hymen la vision tracée.

M'ont fait voir un berger avoir assez d'orgueil

Pour prétendre à mon lit qui seroit mon cercueil ;

Et l'empereur mon père , avec violence ,

De ce présomptueux appuyer l'insolence.

Je puis , s'il m'est permis , et si la vérité

Dispense les enfans à quelque liberté,

De sa mauvaise humeur craindre un mauvais office;

Je connois son amour, mais je crains son caprice,

Et vois qu'en tout rencontre il suit aveuglément

La bouillante chaleur d'un premier mouvement.

Sut-il considérer, pour son propre hyménée.

Sous quel joug il baissoit sa tête couronnée.

Quand, empereur, il fit sa couche et son état

Le prix de quelques pains qu'il emprunta soldat.

Et , par une foiblesse à nulle autre seconde ,

S'associa ma mère à l'empire du monde?

Depuis, Rome souffrit et ne réprouva pas

Qu'il commît un Alcide au fardeau d'un Atlas ,

Qu'on vît sur l'univers deux têtes souveraines.

Et que Maximien en partageât les rênes.

Mais pourquoi pour un seul tant de maîtres divers.

Et pourquoi quatre chefs au corps de l'univers?

Le choix de Maximin et celui de Constance

Etoient-ils à l'état de si grande importance

Qu'il en dût recevoir beaucoup de fermeté.

Et ne pût subsister sans leur autorité?

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