‹ uvres de Jean Rotrou (volume 2)Chapitre 3 sur 465 · ACTE I, SCENE I · texte numérisé non relu

ACTE I, SCENE I

Tous deux différemment altèrent sa mémoire; L'un par sa nonchalance, et l'autre par sa gloire. Maximin , achevant tant de gestes guerriers , Semble au front de mon père en voler les lauriers ;. Et Constance, souffrant qu'un ennemi l'affronte. Dessus son même front en imprime la honte. Ainsi, ni dans son bon, ni dans son mauvais choix, D'un conseil raisonnable il n'a suivi les lois; Et , déterminant tout au gré de son caprice , N'en prévoit le succès ni craint le préjudice.

CAMILLE

Vous prenez trop l'alarme, et ce raisonnement

N'est point à votre crainte un juste fondement.

Quand Dioclétien éleva votre mère

Au degré le plus haut que l'univers révère.

Son rang qu'il partageoit n'en devint point plus bas ,

Et l'y faisant monter , il n'en descendit pas ;

Il put conciher son honneur et sa flamme.

Et, choisi par les siens, se choisir une femme.

Quelques associés qui régnent avecque lui.

Il est de ses états le plus solide appui :

S'ils sont les matelots de cette grande flotte.

Il en tient le timon , il en est le pilote ,

Et ne les associe à des emplois si hauts

Que pour voir des Césars au rang de ses vassaux.

Voyez comme un fantôme , un songe, une chimère ,

Vous fait mal expliquer les mouvemens d'un père.

Et qu'un trouble importun vous naît mal à propos

D'où doit si justement naître votre repos.

VALÉRIE

Je ne m'obstine point d'un effort volontaire Contre tes sentimens en faveur de mon père;

lo SAINT GENEST,

Et contre un père enfin l'enfant a toujours tort.

Mais me répondras-tu des caprices du sort?

Ce monarque insolent, à qui toute la terre

Et tous ses souverains sont des jouets de verre,

Prescrit-il son pouvoir? et quand il en est las,

Comme il les a formés, ne les brise-t-il pas?

Peut-il pas, s'il me veut dans un état vulgaire,

Mettre la fille au point dont il tira la mère ,

Détruire ses faveurs par sa légèreté ,

Et de mon songe enfin faire une vérité?

Il est vrai que la mort, contre son inconstance,

Aux grands cœurs , au besoin , offre son assistance ,

Et peut toujours braver son pouvoir insolent;

Mais si c'est un remède , il est bien violent.

CAMILLE

La mort a trop d'horreur pour espérer en elle ; Mais espérez au ciel qui vous a fait si belle, Et qui semble influer avecque la beauté Des marques de puissance et de prospérité.

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