Tome V
3o6 VENCESLAS,
LADISLAS
IS'est-il pas pardonné? Non , je ne l'ai point vu.
VENCESLAS
Qui vous réveille donc avant que la lumière Ait du soleil naissant commencé la carrière?
LADISLAS
N'avez-vous pas aussi précédé son réveil ?
Oui , mais j'ai mes raisons qui bornent mon sommeil.
Je me vois , Ladislas , au déclin de ma vie ;
Et sachant que la mort l'aura bientôt ravie ,
Je dérobe au sommeil , image de la mort ,
Ce que je puis du temps qu'elle laisse à mon sort.
Près du terme fatal prescrit par la nature ,
Et qui me fait du pied toucher ma sépulture ,
De ces derniers instans dont il presse le cours ,
Ce que j'ôte à mes nuits je l'ajoute à mes jours :
Sur mon couchant, enfin , ma débile paupière
Me ménage avec soin ce reste de lumière.
Mais quel soin peut du lit vous chasser si matin ,
Vous à qui l'âge encor garde un si long destin ?
LADISLAS
si vous en ordonnez avec votre justice ,
Mon destin de bien près touche à son précipice.
Ce bras ( puisqu'il est vain de vous déguiser rien )
A de votre couronne abattu le soutien.
Le duc est mort , seigneur, et j'en suis l'homicide :
Mais j'ai dû l'être.
VENCESLAS
0 Dieu ! le duc est mort ? Perfide ! Le duc est mort? Barbare ! Et pour excuse , enfin ,'i Vous avez eu raison d'être son assassin ? A cette preuve , ô ciel ! mets-tu ma patience ?