‹ uvres de Jean Rotrou (volume 2)Chapitre 23 sur 465 · ACTE II, SCENE VI · texte numérisé non relu

ACTE II, SCENE VI

ADRIEN

Qu'il fasse, il tarde trop.

FLAVIE

Que votre repentir.....

ADRIEN

Non , non , mon sang , Flavie , est tout prêt à sortir.

FLAVIE

Si vous vous obstinez, votre perte est certaine.

ADRIEN

L'attente m'en est douce, et la menace vaine.

FLAVIE

Quoi! vous n'ouvrirez point l'oreille à mes avis. Aux soupirs de la cour, aux vœux de vos amis, A l'amour de César , aux cris de Natalie , A qui si récemment un si beau nœud vous lie? Voudriez-vous souffrir que dans cet accident Ce soleil de beauté trouvât son occident? A peine, depuis l'heure à ce nœud destinée, A-t-elle vu flamber les torches d'hyménée : Encor si quelque fruit de vos chastes amours Devoit après la mort perpétuer vos jours! Mais vous voulez mourir avecque la disgrâce D'éteindre votre nom avecque votre race. Et, suivant la fureur d'un aveugle transport, Nous être tout ravi par une seule mort! Si votre bon génie attend l'heure opportune, Savez-vous les emplois dont vous courez fortune? L'espoir vous manque-t-il? et n'osez -vous songer, Qu'avant qu'être empereur Maximin fut berger? Pour peu que sa faveur vous puisse être constante,

ÏOME V. 3

Quel défaut vous défend une pareille attente? Quel mépris obstiné des hommes et des dieux Vous rend indifférent et la terre et les cieux? Et, comme si la mort vous étoit souhaitable, Fait que pour l'obtenir vous vous rendez coupable, Et vous faites César et les dieux ennemis? Pesez-en le succès d'un esprit plus remis ; Celui n'a point péché qui dans la repentance Témoigne la surprise et suit de près l'offense.

ADRIEN

La grâce dont le ciel a touché mes esprits

M'a bien persuadé , mais ne m'a point surpris ;

Et , me laissant toucher à cette repentance ,

Bien loin de réparer je commettrois l'offense.

Allez : ni Maximin, courtois ou furieux,

Ni ce foudre qu'on peint en la main de vos dieux y

Ni la cour ni le trône, avecque tous leurs charmes,,

Ni Natalie enfin avec toutes ses larmes.

Ni l'univers rentrant dans son premier chaos.

Ne divertiroient pas un si ferme propos.

FLAVIE

Pensez bien aux effets qui suivront mes paroles.

Ils seront sans vertu , comme elles sont frivoles.

FLAVIE

Si raison ni douceur ne vous peut émouvoir, Mon ordre va plus loin.

ADRIEN

Faites votre devoir.

FLAVIE

C'est de vous arrêter et vous charger de chaînes, Si, comme je vous dis, l'une et l'autre sont vaines.

(On enrhaînc AdricTi.)

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