ACTE I, SCENE IL
SIROÈS
J'y portois la main , mais sans aucune envie Que
Que de simplement attenter sur ma vie.
(Elle sort furieuse. ) SIROÈS.
Soleil , pour qui nos cœurs n'ont point d'obscurité , Juge et témoin commun , tu sais la vérité , Et tu la soutiens trop pour laisser impunie Une si détestable et noire calomnie.
MARDESAFE.
Etois-je le sujet de votre différent ?
SIROÈS
Elle m'entretenoit des soins qu'elle vous rend , Qui dessus votre front vont mettre la couronne.
MARDESAWE.
Vous peut- on dépouiller du droit qui vous la donne?
SIROÈS
Je lui montrois ce fer comme mon défenseur , Si vivant j'en voyois un autre possesseur.
MARDESANE.
N'étions - nous pas d'accord touchant cette querelle ?
SIROÈS
Je l'étois avec vous , mais non pas avec elle ; Et son ambition , si son crédit n'est vain , Vous mettra malgré vous le sceptre dans la main. Mais ne souhaitez pas qu'elle vous réussisse ; Elle ne vous peut rendre un plus mauvais office ,
Et je fais plus pous vous de vous en détourner , Qu'elle de vous l'offrir et de vous couronner,
MARDESAWE.
Vous inquiétez - vous du zèle d'une mère
Qui de ce vain espoir aime à se satisfaire?
Laissez - la se flatter de ces illusions ,
Se plaire à se forger de belles visions ,
A nourrir un beau songe , et , l'en laissant séduire ,
Moquez -vous d'un dessein qui ne peut rien produire ,
Et, vous en reposant sur ce que je vous doi,
En elle respectez la passion du roi ;
Épargnez sa furie et l'ennui qui l'accable ,
Qui de tout autre soin le rendent incapable ,
Et font qu'en son chagrin tout l'irrite et lui nuit.
SIROÈS
J'ai pour lui des respects dont j'obtiens peu de fruit ; Mais , que j'acquière enfin son amour ou sa haine , Il faut laisser agir le crédit de la reine , Et prendre avis du temps et des événemens.
MARDESANE.
Vous gardez vos soupçons , et moi mes sentimens ;
Et j'estime trop peu l'éclat d'une couronne
Pour me gêner l'esprit du soin qu'elle vous donne.
Ce n'est qu'un joug pompeux ; le repos m'est plus doux.
Vous n'avez rien à faire , on travaille pour vous ; Et vous pouvez juger si l'empire a des charmes, Par ceux que vous trouvez à commander nos armes. Ce bâton , que le roi vous a mis à la main , Déjà sur les soldats vous a fait souverain.