‹ uvres de Jean Rotrou (volume 2)Chapitre 239 sur 465 · ACTE I, SCENE IL · texte numérisé non relu

ACTE I, SCENE IL

SIROÈS

J'y portois la main , mais sans aucune envie Que

Que de simplement attenter sur ma vie.

(Elle sort furieuse. ) SIROÈS.

Soleil , pour qui nos cœurs n'ont point d'obscurité , Juge et témoin commun , tu sais la vérité , Et tu la soutiens trop pour laisser impunie Une si détestable et noire calomnie.

MARDESAFE.

Etois-je le sujet de votre différent ?

SIROÈS

Elle m'entretenoit des soins qu'elle vous rend , Qui dessus votre front vont mettre la couronne.

MARDESAWE.

Vous peut- on dépouiller du droit qui vous la donne?

SIROÈS

Je lui montrois ce fer comme mon défenseur , Si vivant j'en voyois un autre possesseur.

MARDESANE.

N'étions - nous pas d'accord touchant cette querelle ?

SIROÈS

Je l'étois avec vous , mais non pas avec elle ; Et son ambition , si son crédit n'est vain , Vous mettra malgré vous le sceptre dans la main. Mais ne souhaitez pas qu'elle vous réussisse ; Elle ne vous peut rendre un plus mauvais office ,

Et je fais plus pous vous de vous en détourner , Qu'elle de vous l'offrir et de vous couronner,

MARDESAWE.

Vous inquiétez - vous du zèle d'une mère

Qui de ce vain espoir aime à se satisfaire?

Laissez - la se flatter de ces illusions ,

Se plaire à se forger de belles visions ,

A nourrir un beau songe , et , l'en laissant séduire ,

Moquez -vous d'un dessein qui ne peut rien produire ,

Et, vous en reposant sur ce que je vous doi,

En elle respectez la passion du roi ;

Épargnez sa furie et l'ennui qui l'accable ,

Qui de tout autre soin le rendent incapable ,

Et font qu'en son chagrin tout l'irrite et lui nuit.

SIROÈS

J'ai pour lui des respects dont j'obtiens peu de fruit ; Mais , que j'acquière enfin son amour ou sa haine , Il faut laisser agir le crédit de la reine , Et prendre avis du temps et des événemens.

MARDESANE.

Vous gardez vos soupçons , et moi mes sentimens ;

Et j'estime trop peu l'éclat d'une couronne

Pour me gêner l'esprit du soin qu'elle vous donne.

Ce n'est qu'un joug pompeux ; le repos m'est plus doux.

Vous n'avez rien à faire , on travaille pour vous ; Et vous pouvez juger si l'empire a des charmes, Par ceux que vous trouvez à commander nos armes. Ce bâton , que le roi vous a mis à la main , Déjà sur les soldats vous a fait souverain.

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