ACTE I, SCENE IL
Mais quand un peu de temps vous aura fait connoître Par son autorité le plaisir d'être maître , Et de voir sous ses lois tout un état rangé , Il vous plaira bien mieux en un sceptre changé ; Et l'essai que par lui vous ferez de l'empire Vous conduira sans peine où votre mère aspire : Votre consentement ne lui dénîra rien,
MARDESANE.
C'est votre sentiment , et ce n'est pas le mien ; Non que je ne me sente , et d'âme et de naissance , Capable d'exercer cette illustre puissance ; Mais , quelque doux éclat qu'ait un bandeau royal , Il ne me plairoit pas sur un front déloyal, L'Europe , si féconde en puissances suprêmes , Offre au sang qui m'anime assez de diadèmes Pour périr noblement ou pour n'en manquer pas , Quand ils auront pour moi d'assez charmans appas. Mais faites toujours fond de vos intelligences ; Pratiquez vos amis, préparez vos vengeances; Ouvrez - vous , faites - vous un parti si puissant , Qu'il fasse évanouir ce fantôme naissant, Ce pouvoir usurpé , ce règne imaginaire , Que vous n'excusez pas de l'amour d'une mère.
SIROÈS
Puisque vous le voulez, il l'en faut excuser, Et dessus votre foi j'ose m'en reposer ; Mais ( et de cet avis conservez la mémoire ) Si j m'ayant sur ce gage obligé de vous croire , De son ambition goûtant mieux les appas , Vous vous laissez gagner , ne me pardonnez pas ; Et , pour bien établir l'heur qu'elle vous destine , Tome V. 22
338 GOSROÈS,
Avant votre fortune assurez ma ruine ;
Otez - vous tout obstacle , et de mon monument
A mon trône usurpé faites un fondement;
Lavez -le de mon sang avant que d'y paroître ,
Sinon n'espérez pas être long- temps mon maître.
MARDESAWE, apercevant Palmiros aujond du théâtre,
11 est bien malaisé de vous dissuader.
Palmiras , qui me voit , n'ose vous aborder ,
Et comme vous encor m'impute sa disgrâce.
(A Palmiras.)
Entrez, je me retire et vous cède la place. Je vous suis importun.
( Il sort.)