‹ uvres de Jean Rotrou (volume 2)Chapitre 250 sur 465 · ACTE II, SCENE I. 35i · texte numérisé non relu

ACTE II, SCENE I. 35i

Et , vous croyant l'empire avecque lui commun , Vous serez à son règne un obstacle importun. Vous le verrez bientôt , s'il se sent l'avantage , Eloigner les objets qui lui feront ombrage ; Et je puis craindre pis , après que ce matin Il eût, sans Mardesane, été mon assassin , Et que pour cet effet il a tiré l'épée.

COSROÈS.

O dieux! que dites -vous?

SIRA

Il ne m'a point trompée ; Comme il croit mon crédit fatal à son espoir , Il n'a jamais cessé de choquer mon pouvoir ; Et, pour toute raison , j'ai l'honneur de vous plaire, Et la haine du fils naît de l'amour du père. Que puis -je attendre donc de son autorité?

Je pourvoirai , madame , à votre sûreté.

SIRA

Élevant Mardesane à ce degré suprême ,

Vous régnerez , seigneur , en un autre vous - même ;

Sous le gouvernement qui se verra commis ,

Et l'état et le roi , tout vous sera soumis ;

Et pour votre repos , dont l'intérêt nous touche ,

Vos ordres seulement passeront par sa bouche ;

Par lui vous régnerez , par vous il régnera ,

Et ce seront vos lois qu'il nous dispensera.

Le soin le regardant , la gloire sera nôtre ;

Je connois sa vertu ; c'est mon sang , c'est le vôtre ,

Dont vos chastes ardeurs ont honoré ce flanc ,

Et que j'ose pleiger du reste de mon sang.

352 COSROÈS,

COSROÈS.

Par les pleurs que je dois aux cendres de mon père , Par le char éclatant du dieu que je révère, Par l'âge qui me reste et qu'il éclairera , Mardesane, madame, aujourd'hui régnera.

Je vous l'avois promis , et mon repos me presse Autant que mon amour d'acquitter ma promesse. Par forme , Sardarigue , assemblez le conseil , Mais du couronnement disposez l'appareil.

SARDARIGUE.

où la reine, seigneur, semble être intéressée Je n'ose plus avant vous ouvrir ma pensée ; Mais

SIRA

On n'a pas dessein d'en croire vos avis.

SARDARIGUE.

Ils n'ont point fait de tort quand on les a suivis ; Et ce projet, madame, est d'assez d'importance Pour ne le pas presser avecque tant d'instance. 3i j'en prévois l'issue, elle doit aller loin.

COSROÈS.

Je prendrai vos conseils quand j'en aurai besoin. Cependant, pour ne rien tenter à notre honte, Arrêtez Siroès, et m'en rendez bon compte.

SARDARIGUE.

Si vous voulez , grand roi , voir le peuple en courroux , Le camp et tout l'état soulevés contre vous , Imposez - moi cet ordre , et faites qu'on l'arrête.

COSROÈS.

A ne pas obéir il va de votre tête.

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