‹ uvres de Jean Rotrou (volume 2)Chapitre 249 sur 465 · ACTE II, SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE I

La puissance qui passe en un autre nous - même Laisse encor en nos mains l'autorité suprême ; Et nous ne perdons rien lorsque le même rang , Quoique sous d'autres noms , demeure à notre sang.

COSROES.

J'ai trop d'expérience , et j'ai trop vu de marques . O généreux surgeon et tige de monarques, De l'étroite union que produisent nos feux , Pour croire avec l'état devoir perdre nos vœux ; Je sais que votre amour s'attache à ma personne , Qu'elle me considère , et non pas ma couronne ; Aussi depuis long - temps le faix ne m'en est doux Que par l'honneur qu'il a d'être porté de vous ; Je n'en aime l'éclat que dessus votre tête ; Je sais combien j'en fis une indigne conquête. Je ne puis me parer d'un ornement si cher , Que je ne pense au front d'où j'osai l'arracher ^ Et sais que sur le mien tout ce qu'il a de lustre D'un énorme forfait n'est qu'une marque illustre. Si vous le voulez donc au front de votre fils , Je m'en prive avec joie, et je vous l'ai promis; Je ne le puis garder par droit héréditaire, Après m'être souillé du meurtre de mon père. Mardesane en sera plus juste successeur : Du bien de son aïeul faisons - le possesseur ; Si l'acquisition en fut illégitime , J'en ai joui sans droit , la garde en est un crime ; Je le retiens à tort , comme à tort je le pris ; J'en dépouillai mon père , et j'en frustre mes fils. Ne consultons donc plus , madame ; allons élire , A la tête du camp , une tête à l'empire ;

35o COSROES,

Tranquille , et déchargé d'un faix qui m'a lassé ,

Je verrai sans regret , à cet âge glacé ,

Mon sceptre soutenu d'une main plus capable ,

Et mon sang innocent succéder au coupable.

SARDARIGUE, Cl Cosroès.

Mais peut -il l'accepter, seigneur, sans attentat- Contre le droit d'aînesse et la loi de l'état?

(A Sira.)

( De mon zèle , madame , excusez la licence ; Siroès a pour lui le droit de la naissance. )

(A Cosroès.)

Voulez - vous voir armer la Perse contre soi , Et lui donner la guerre en lui donnant un roi ? Songez à quels malheurs vous l'exposez en butte ; Un rang si relevé vaut bien qu'on le dispute.

Objet de nos encens , soleil , tu m'es témoin Si l'intérêt d'un fils me produit aucun soin , Et si l'ambition qu'excite un diadème Pour en parer autrui sortiroit de moi-même! Votre seul intérêt, seigneur, m'en peut priver; Je le perds sans regret quand il vous faut sauver. Mais , déposant ce faix où votre âge succombe Voyez sur qui des deux il importe qu'il tombe; L'intérêt de l'aîné , vous vivant , est couvert , Et son aînesse encor n'a point de droit ouvert. Un roi qui fuit le soin , et dont l'âge s'abaisse , Peut dessus qui lui plaît reposer sa vieillesse , Et, pour faire en autrui considérer ses lois, Donner à ses agens la qualité de rois. Siroès , appuyé du droit qu'il peut prétendre , Sitôt qu'il régnera ne voudra plus dépendre ;

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