‹ uvres de Jean Rotrou (volume 2)Chapitre 257 sur 465 · SCÈNE PREMIERE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIERE

SIRA, HORMISDATE.

SIRA

JliNFiN, selon mes vœux, malgré la loi persane, Au trône de Gyrus j'ai placé Mardesane ; Palmiras , par mes soins démis de ses emplois , N'a pu par son crédit m'en contester le choix , Et j'ai mis en état de ne lui pouvoir nuire Tous les intéressés qui le pouvoient détruire : Par mes ordres surtout Siroès arrêté Ne peut mettre d'obstacle à notre autorité ; Et Mardesane enfin , successeur d'Artaxerce , Règne et fait aujourd'hui le destin de la Perse.

HORMISDATE.

Madame, pardonnez si je vous le redi ,

Vous venez d'achever un projet bien hardi.

Vous connoissez mon cœur ; plaise aux dieux que l'issue

En soit telle en effet que vous l'avez conçue !

Mais, si mes sentimens ont chez vous quelque accès ,

Je vois de grands périls dedans ce grand succès.

Un état si zélé pour ses rois légitimes

Voir sans y répugner détruire ses maximes ,

Voir un gouvernement oii tous ont intérêt

Passer sans fondement dans les mains qu'il vous plaît ,

Et sans ressentiment pouvoir souffrir des cliaînes

Sur celles qui par droit doivent tenir ses rênes ,

Prendre sans bruit tel joug qu'il vous plaît lui donner ,

C'est ce que ma raison ne peut s'imaginer.

Dans l'étourdissement qu'excite une surprise ,

On peut souffrir l'effet d'une grande entreprise ;

Mais, la considérant d'un esprit plus remis,

On détruit s'il se peut ce que l'on a permis.

Un grand succès produit une grande disgrâce ,

Et les choses bientôt prennent une autre face.

Le sort est inconstant, et le peuple est trompeur.

SIRA-

L'arrêt de Siroès me lève cette peur , Et de ses partisans a l'ardeur amortie. Mais , ayant intérêt d'empêcher sa sortie , Si mon repos t'est cher, et si de mes bienfaits Tu m^oses aujourd'hui produire des effets (Comme de cet espoir mon amitié se flatte), Embrasse ma fortune , 6 ma chère Hormisdate , Et , dans mes intérêts entrant aveuglément , D'un glorieux destin fais -toi le fondement.

HORMISDATE.

L'amour perd de son prix quand on la sollicite. Si la mienne , madame , est de quelque mérite , Considérez - la nue , et ne l'intéressez Que par sa pureté , qui vous paroît assez.

SIRA

Puis -je avoir confiance au zèle de ton frère?

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