‹ uvres de Jean Rotrou (volume 2)Chapitre 265 sur 465 · ACTE III, SCÈNE IIL · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE IIL

SIROÈS

J'aurois d'autres rigueurs pour d'autres ennemis ; Mais je sens, quoique roi, que je suis encor fils.

PALMIRAS.

D'un père qui pour vous ne sent plus qu'il est père ; Qui ne reconnoît plus de fils que votre frère , Et pour vous en frustrer l'admet en vos états.

La raison est pour moi , mais le sang ne l'est pas.

Quelle fatalité de devoir par un crime

Me conserver un droit qui m'est si légitime î

Mais ces raisonnemens enfin sont superflus ;

Je me plains seulement et ne consulte plus.

Je regrette d'un père ou la perte ou la fuite ,

Mais ce regret n'en peut arrêter la poursuite.

Hors du trône mes jours n'ont plus de sûreté ,

Tout mon salut consiste en mon autorité ;

Au lieu qu'avant l'affront que ce mépris me livre

Je vivois pour régner , il faut régner pour vivre ,

Et je ne puis parer que le sceptre à la main

Les redoutables traits de mon sort inhumain.

Renvoyez les quartiers , et soignez que la ville ,

Dans ce grand changement , nous soit un sûr asile.

PALMIRAS.

Vous armant de vertu, tout succédera bien.

SIROÈS

Assurez -vous des chefs, et ne négligez rien, Cependant que je dompte un reste de foiblesse , Qui dans mon cœur encor souffre quelque tendresse.

(Palmiras sort.)

Que tu m'aurois , 6 sort , dans un rang plus obscur ,

372 COSROÈS,

Fait goûter un repos et plus calme et plus pur !

Les pointes des brillans qui parent les couronnes ,

Figurent bien , cruel , les soins que tu nous donnes ;

Et ce vain ornement marque bien la rigueur

Des poignantes douleurs qui nous percent le cœur.

Celle qu'on veut m'ôter à peine est sur ma tête.

Mais, dieux, à quel combat faut -il que je m'apprête!

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