ACTE III, SCÈNE IIL
SIROÈS
J'aurois d'autres rigueurs pour d'autres ennemis ; Mais je sens, quoique roi, que je suis encor fils.
PALMIRAS.
D'un père qui pour vous ne sent plus qu'il est père ; Qui ne reconnoît plus de fils que votre frère , Et pour vous en frustrer l'admet en vos états.
La raison est pour moi , mais le sang ne l'est pas.
Quelle fatalité de devoir par un crime
Me conserver un droit qui m'est si légitime î
Mais ces raisonnemens enfin sont superflus ;
Je me plains seulement et ne consulte plus.
Je regrette d'un père ou la perte ou la fuite ,
Mais ce regret n'en peut arrêter la poursuite.
Hors du trône mes jours n'ont plus de sûreté ,
Tout mon salut consiste en mon autorité ;
Au lieu qu'avant l'affront que ce mépris me livre
Je vivois pour régner , il faut régner pour vivre ,
Et je ne puis parer que le sceptre à la main
Les redoutables traits de mon sort inhumain.
Renvoyez les quartiers , et soignez que la ville ,
Dans ce grand changement , nous soit un sûr asile.
PALMIRAS.
Vous armant de vertu, tout succédera bien.
SIROÈS
Assurez -vous des chefs, et ne négligez rien, Cependant que je dompte un reste de foiblesse , Qui dans mon cœur encor souffre quelque tendresse.
(Palmiras sort.)
Que tu m'aurois , 6 sort , dans un rang plus obscur ,
372 COSROÈS,
Fait goûter un repos et plus calme et plus pur !
Les pointes des brillans qui parent les couronnes ,
Figurent bien , cruel , les soins que tu nous donnes ;
Et ce vain ornement marque bien la rigueur
Des poignantes douleurs qui nous percent le cœur.
Celle qu'on veut m'ôter à peine est sur ma tête.
Mais, dieux, à quel combat faut -il que je m'apprête!