‹ uvres de Jean Rotrou (volume 2)Chapitre 267 sur 465 · ACTE IIl, SCÈNE IV · texte numérisé non relu

ACTE IIl, SCÈNE IV

N'altère point celui que vous avez sur moi. Voilà nos qualités.

NARS^E.

Quelle aveugle colère Vous fait donc oublier que la reine est ma mère ?

siRois.

La^colère , princesse , ou plutôt la raison , Qui me fait de mon père ordonner la prison. Quelque rang où la Perse aujourd'hui nous contemple, Nous ne pouvons régner sans ce fameux exemple ; Nous ne pouvons sans lui jouir de notre amour , Nous ne pouvons sans lui nous conserver le jour ; 11 faut que la nature ou la fortune cède; L'une nous est contraire, et l'autre nous succède. Le mal qu'on veut guérir ne se doit point flatter ^ Et ce sont nos bourreaux que je fais arrêter.

NARSÉE.

Nos bourreaux les auteurs du jour qui nous éclaire!

SIR o Es.

Les auteurs de l'affront qu'ils nous ont voulu faire.

If ARSÉE.

Un empire vaut -il cette inhumanité?

SIROÈS

Vaut -il nous menacer de cette indignité.

Et qu'un père aveuglé destine pour victime

A son usurpateur son maître légitime ?

Le pouvoir tombe mal en des cœurs abbatus ;

Avec le nom de roi prenons - en les vertus j

Jusque dans notre sang exterminons le crime,

Mais réprimons surtout le mal qui nous opprime.

374 COSROÈS,

Dois- je encor du respect à qui veut m'arrêter,

Et lui suis -obligé du jour qu'il veut m'ôter?

Le suis -je à votre mère, à qui je fais ombrage ,

Et qui met tout crédit et tout soin en usage

Pour me frustrer d'un droit que le sang ma donné ,

Et, m'en ayant exclu, voir le sien couronné?

Vous êtes souveraine et Sira criminelle ;

Voyez de qui des deux vous prendrez la querelle,

D'une mère arrêtée, ou d'un amant tout prêt

D'ouïr ses ennemis prononcer son arrêt,

Et sur un échafaud envoyer une tête

Dont vos yeux ont daigné d'avouer la conquête.

NARSÉE.

Redoutez-vous plus rien ? et vos soins providens

N'ont- ils pas su prévoir à tous les accidens

Que vous peut susciter le courroux d'une femme ?

SIROÈS

Tel peut-être nous rit qui nous trahit dans l'âme,

Et cherche un mécontent à qui prêter le bras

Pour des séditions et des assassinats;

Sur quelque fondement qu'elle soit appuyée ,

L'autorité naissante est toujours enviée ;

Et souvent à leur foi les peuples renonçans

Aiment ceux affligés qu'ils ont haïs puissans.

WARSÉE.

Une reine en des fers n'est donc pas affligée?

SIROÈS

Elle n'est pas en lieu d'en être soulagée. Et de mettre en usage un reste de pouvoir Qui pourroit pratiquer leur servile devoir.

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