‹ uvres de Jean Rotrou (volume 2)Chapitre 268 sur 465 · ACTE III, SCENE IV · texte numérisé non relu

ACTE III, SCENE IV

WARSÉE.

N'attends point de succès , ô prière importune !

Je ne suis plus maîtresse où règne la fortune.

L'amour n'a plus d'empire où l'intérêt en prend.

Ne considérez rien , l'état vous le défend ;

Il lui faut immoler toute votre famille ;

Du moins avec la mère il faut perdre la fille ;

Nous ne sommes qu'un sang et qu'un cœur séparé ;

Je pourrois achever ce qu'elle a préparé ,

D'un frère contre vous épouser la querelle,

Dedans votre débris m'intéresser comme elle ,

Saper les fondemens de votre autorité ,

Et renverser le trône où vous êtes monté.

Si ces yeux vous ont plu , gardez que de leurs charmes

Contre votre pouvoir je ne fasse des armes ,

Et n'en achète l'offre et d'un cœur et d'un bras

Qui m'osent immoler vos jours et vos états ;

Prévenez sans égard tout ce qui peut vous nuire ,

Averti, détruisez ce qui vous peut détruire;

Craignez l'aveuglement d'un amour irrité ,^

Et ne considérez que votre sûreté.

Voudriez - m'obliger d'aimer mon adversaire ?

Souffrirois-je en mon lit l'assassin de ma mère?

Pourrois -je sans horreur avec son ennemi

Partager un pouvoir par son sang affermi ?

Gardes, emmenez -moi, son salut vous l'ordonne;

Sauvez de ma fureur sa vie et sa couronne.

Hélas ! à quoi , nature , obligent tes respecf s ,

Qu'il faille à mon amant rendre mes vœux suspects ,

Et, pour en obtenir ou ma perte ou ta grâce.

Contre ce que j'adore employer la menace ?

Par ces transports, seigneur, jugez de mes douleurs;

J'aurois plus obtenu du secours de mes pleurs, Mais un extrême ennui n'en est guère prodigue.

SIROÈS

Gardes , suivez madame , et cherchez Sardarigue ; Qu'il obéisse aux lois qu'elle lui prescrira , Et surtout qu'en ses mains il remette Sira. Allez.

NARSÉE.

Cette faveur vous coûte trop de peine.

SIROÈS

Non , non , je m'abandonne aux fureurs de la reine ^

Et ne regarde plus ni le droit qui m'est dû ,

Ni le rang que je tiens que comme bien perdu;

Je vous préfère aux dieux, dont les bontés prospères

M'ont voulu conserver le trône de mes pères;

Vous m'en voulez priver, il vous faut obéir,

Et d'un respect aveugle avec moi vous trahir.

Je n'ai qu'un seul regret , que mon amour extrême ,

En hasardant nïes jours, se hasarde lui-même,

Et qu'au point du succès dont je flattois mes vœux

L'heur de vous posséder me devienne douteux.

WARSÉE.

Quoi que vous hasardiez, je cours même aventure; Nous aurons même couche ou même sépulture : De vos vœux, vif ou mort, je vous promets le prix; L'hymen joindra nos corps , ou la mort nos esprits. Mais , si vous en daignez croire un amour extrême , Je vous réponds du jour, du trône et de moi-même. J'observerai la reine avecque tout le soin Qu'exigeront les lieux, le temps et le besoin, Et j'ose vous promettre un bouclier invincible

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