‹ uvres de Jean Rotrou (volume 2)Chapitre 271 sur 465 · ACTE IV, SCÈNE L · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE L

SIROÈS

O détestable femme !

ARTA.NASDE.

De vos jours innocens devoit couper la trame.

SIROÈS

O dieux !

ARTANASDE.

Et j'en ai l'ordre à dessein accepté, Craignant qu'un autre bras ne l'eût exécuté. Elle a pressé ma sœur avec toute l'instance Qui pouvoit ébranler la plus ferme constance ; Et nous devions , pour prix de ce grand attentat , Avoir si bonne part aux emplois de l'état , Que nous eussions pu tout, et qu'après sa personne Nul n'eût tenu de rang plus près de la couronne. Mais ma sœur, opposant à cette ambition La louable terreur d'une noire action , Et frémissant d'horreur d'une telle injustice, N'a que pour l'abuser accepté cet office; J'ai d'une même horreur ce dessein détesté , Et l'avis important à votre majesté , Dont je connois qu'enfin la Perse doit dépendre , J'ai cherché Palmiras pour venir vous l'apprendre; Mais travaillant ailleurs il s'en est défendu Par le mot de sa main que je vous ai rendu.

SIROÈS

Artanasde , croyez que ma reconnaissance Ne cessera jamais qu'avec ma puissance, Et que je saurai mieux reconnaître un bienfait Que Sira n'a promis de payer un forfait. Gardez ces instrumens d'une implacable haine

38o COSROÈS,

Qui n'a plus de ressource et que nous rendrons vaine,

Si les dieux , ennemis de tels persécuteurs ,

Des intérêts des rois sont encor protecteurs.

O redoutable esprit , ô marâtre cruelle !

Trop pieuse Narsée , et mère indigne d'elle !

ARTANASDE.

Non pas mère, seigneur, et j'ai sur ce propos Un secret qui regarde encor votre repos.

SIROÈS

Quel secret , Artanasde ? Eclairez - moi , de grâce.

ARTANASDE.

Puisque le sort de Perse a pris une autre face , Sachez un accident heureux pour votre amour, Que plus de vingt soleils n'ont osé mettre au jour , Et dont la vérité fera voir que Narsée Au parti de Sira n'est point intéressée.

SIROÈS

O dieux!

ARTANASDE.

Quand d'Abdenède, encor en son matin.

Une troisième course eut tranché le destin, Tôt après de sa mort la tristesse bannie Fit penser Cosroès au sceptre d'Arménie ; 11 proposa d'armer , son dessein fut conclu : De vous dire le reste il seroit superflu; Il suffît qu'un hymen joignit les deux couronnes, Et que l'âge , le rang et l'état des personnes , Trouvèrent en Sira tant de conformité , Que l'hymen et la paix ne furent qu'un traité ; Suffit qu'on sait encor que dans votre famille La veuve de Sapor n'apporta qu'une fille

Page 1