‹ uvres de Jean Rotrou (volume 2)Chapitre 273 sur 465 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

SIROÈS, SARDARIGUE, Gardes.

SARDARIGUE.

Sire , votre grandeur ne trouve plus d'obstacles ; Chaque heure, chaque instant vous produit des miracles , Et le traité de paix qu'Emile a consenti Engage Héraclius dedans votre parti.

Mais une autre nouvelle , et bien plus importante , Qui peut-être , seigneur, passera votre attente, Est que tous les soldats , d'un même cœur unis , Amènent prisonniers Gosroès et son fils.

SIROÈS

Cosroès ! dieux ! je tremble ! et , malgré ma colère , A ce malheureux nom connois encor mon père. Mais pour se saisir d'eux quel ordre a-t-on suivi?

SARDARIGUE.

Nul que le zèle ardent dont tous vous ont servi. A peine un bruit confus de quelques voix forcées , Proclamant Mardesane a flatté leurs pensées, Et les cœurs des soldats assez mal expliqués , Que Sandoce et Pacor, par mes soins pratiqués, Soulevant les deux corps que chacun d'eux commande , «Voyons, nous ont -ils dit, le roi qu'on nous demande. » Mardesane à ce mot , pâle , transi d'effroi , A peine encore régnant, a cessé d'être roi. Sandoce s'est d'abord saisi de sa personne , Cosroès s'est ému , quelque alarme se donne ; Mais tous deux arrêtés, on cesse, et sur-le-champ Un uwe Siroes s'entend par tout le camp ,

384 COSROES,

Et , témoignant pour vous des ardeurs infinies , Vous a comme les voix les volontés unies. Admirez quel bonheur conduit notre projet : Deux rois n'ont dans le camp trouvé pas un sujet; L'alarme s'est éteinte aussitôt qu'allumée , Et votre nom tout seul a mû toute l'armée ; Pharnace les amène , et tout le camp , qui suit , Vient de ce zèle ardent vous demander le fruit.

siROÈs, a part.

Que votre faste est vain , ô grandeurs souveraines , S'il peut sitôt changer des sceptres en des chaînes !

SARDARIGUE.

Goûtez mieux la faveur d'un changement si prompt ; N'en soyez pas ingrat aux dieux qui vous la font.

Sardarigue , souffrez que ma douleur vous marque Les sentimens d'un fils parmi ceux d'un monarque , Et plaigne un père aux fers qui régnoit aujourd'hui.

SARDARIGUE.

Il vous a plus produit pour l'état que pour lui. Considérez son crime , et non pas sa misère , Et, père de l'état, ne plaignez point un père. A qui laisse languir l'effet d'un grand dessein Le temps peut arracher les armes de la main , Et les faire passer en celles du coupable Quand de le prévenir on s'est fait incapable. Le fera-t-on entrer?

SIROÈS

Attendez, laissez -moi Reprendre auparavant des sentimens de roi. Puisqu'il faut étouffer la pitié qui me reste ,

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