‹ uvres de Jean Rotrou (volume 2)Chapitre 286 sur 465 · SCÈNE IV · texte numérisé non relu

SCÈNE IV

SIROÈS , PALMIRAS, PHARNAGE, Gardes.

PALMIRAS.

J'admire la vertu qu'un sceptre nous apporte ,

Vous le méritez, sire, avec cette âme forte;

Et c'est en ce grand cœur qu'on ne méconnoît plus

L'héritier d'Artaxerce et le sang de Cyrus.

Vous vaincrez tout, grand prince, en vous vainquant vous-même ;

4oo COSROES,

Mais il reste une épreuve à cette force extrême ,

Et c'est ici qu'il faut montrer tout Siroès.

(A un garde.)

Garde , avec Sardarigue amenez Cosroès.

(Le garde sort.) SIROÈS.

Attends , garde.

PALMIRAS.

Seigneur , il vous est d'importance De joindre

SIROÈS

Ah ! c'est ici que cède ma constance , Qu'interdit, qu'effrayé, je ne sens plus mon rang, Et qu'en mon ennemi j'aime encore mon sang. O nature !

PALMIRAS.

Il s'agit d'une grande victoire, Et rarement , seigneur , on arrive à la gloire Par les chemins communs et les sentiers battus.

SIROÈS

Ah! j'ai trop pratiqué vos barbares vertus; Je ne puis acheter les douceurs d'un empire Aux dépens de l'auteur du jour que je respire.

PHARNACE

Ce tendre sentiment vous vient hors de propos ; Il faut de votre état assurer le repos.

SIROÈS

Je m'en démets, cruels; régnez, je l'abandonne, Et ma tête à ce prix ne veut point de couronne ; Mon cœur contre mon sang s'ose en vain révolter; Par force ou par amour il s'en fait respecter. A mon père, inhumains, donnez un autre juge,

Page 1