ACTE V, SCÈNE IV. 4oi
Ou dans les bras d'un fils qu'on lui souffre un refuge. O toi dont la vertu mérita son amour , Ma mère , hélas ! quel fruit en as -tu mis au jour ! Que n'as -tu dans ton sein causé mes funérailles, Et fait mon monument de tes propres entrailles , Si je dois ôter l'âme et le titre de roi A la chère moitié qui vit encor de toi ! Règnerois-je avec joie? et, bourreau de mon père, Aurois-je ni le ciel ni la terre prospère? Pour cimenter mon trône et m'affermir mon rang , Tarirois-je la source où j'ai puisé mon sang? Auroit-on de la foi pour un prince perfide Dont la première loi seroit un parricide ?
Non, non, je ne veux point d'un trône ensanglanté Du sang , du même sang dont je tiens la clarté.
J'ai cru la passion aux grands cœurs si commune,
Et contre la nature écouté la fortune ;
J'ai fait de ma tendresse une fausse vertu ;
A l'objet d'un état mon lâche sang s'est tu ;
Mais au point qu'il lui faut sacrifier un père ,
La nature se tait , et le sang délibère ;
Il me presse , il me force à prendre le parti
Qu'il sait être sa source , et dont il est sorti.
Le voici. Dieux! je tremble, et ma voix interdite.
En ce profond respect , sur mes lèvres hésite,
Mais qu'attends -je?