‹ uvres de Jean Rotrou (volume 2)Chapitre 288 sur 465 · SCENE V · texte numérisé non relu

SCENE V

Les mêmes; COSROÈS, SARDARIGUE, Gardes.

COSROÈS.

O nature ! et vous, dieux, ses auteurs, D'un prodige inouï soyez les spectateurs. A cet horrible objet sa nouveauté convie. Mon fils dessus mon trône est juge de ma vie, Et ne le tient pas sûr si de son fondement Ma tête n'est la base et mon sang le ciment. Immole donc, tyran, mes jours à tes maximes , Assure -toi l'état par le plus grand des crimes. Laisse agir la fureur avecque liberté ; Ne donne rien au sang , rien à la piété ; Et vous , que mon malheur rend si fiers et si braves , Ce soir mes souverains, ce matin mes esclaves

siROÈs, à genoux.

Seigneur, daignez m'entendre. O nature! et vous dieux. Vous pouvez sans horreur jeter ici les yeux : L'objet de vos mépris encor vous y révère ; Je ne suis ni tyran ni juge de mon père ; J'ai tous les sentimens que vous m'avez prescrits , Et renonce à mes droits pour être encor son fils. Oui, mon père, et l'état ni toutes ses maximes Ne peuvent m'obliger à régner par des crimes ; Pour immoler vos jours à mon ressentiment , Vous régnez sur les miens trop souverainement. Est-il un bras d'un fils qu'un soupir, une larme, Un seul regard d'un père aisément ne désarme? Si contre vous, hélas ! j'écoute mon courroux.

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