‹ uvres de Jean Rotrou (volume 2)Chapitre 298 sur 465 · ACTE I, SCENE II · texte numérisé non relu

ACTE I, SCENE II

Alors je me plairois à signaler mes forces; Pour accroître ses maux, j'accroîtrois mes amorces»; Et plus je lui verrois témoigner de souci, Plus je témoignerois de cruautés aussi.

THÉASTE, a genoux.

Exercez donc sur moi ces rigueurs infinies; Qu'en moi de cet ingrat les froideurs soient punies. Je suis ce malheureux entre tous les esprits Pour qui vous préparez tant d'injustes mépris. C'est moi qui vous fais voir cette ardeur violente ; C'est moi qui dois souffrir des fautes de Cléante ; C'est moi qui vous adore et suis le malheureux Qui doit être l'objet d'un mépris rigoureux.

Non, non, je sais l'objet dont votre âme est atteinte. Un autre peut tenter cette inutile feinte; Mais Cléonie est telle, et ses fers si charmans, Qu'ils ne laissent jamais échapper ses amans.,

THÉASTE.

Qu'à vos yeux de ce corps mon âme soit bannie, Si j 'a vois ni pensers ni vœux pour Cléonie; Je trouve en ces soleils des charmes trop puissans , Et j'ai toujours servi ces doux rois de mes sens. Au point de vous parler, mon désir et ma crainte M'ont toujours combattu d'une égale contrainte ; Et sortant pour vous voir, toujours au premier pas Un timide respect m'a dit : Ne le fais pas. Cette même beauté nous chasse et nous attire ; Elle blesse et défend qu'on plaigne son martyre ; Même, sachant l'ardeur dont ce cœur fut épris, Je désespérai bien de toucher vos esprits;

Je restreignis mes vœux, à l'espoir de la vue Des célestes attraits dont vous êtes pourvue , Et fus à Cléonie offrir ma liberté , Mais pour voir plus souvent votre rare beauté; Car, faisant ce dessein, j'appris que cette belle Etoit de tous vos pas la compagne fidèle. Depuis, quoiqu'on ait cru que j'aimais ses appas, Je ne cherchois que vous quand je suivois ses pas; Et quand je l'appelois insensible, inhumaine, Votre seule beauté faisoit naître ma peine. O ciel qui connois tout , et qui vois mon amour , Prouve ce que je dis, ou me prive du jour.

FLORIMOKDE.

L'agréable discours ! Adore , simple , adore Celle qui veut punir un sexe qu'elle abhorre. Sois l'objet que je cherche à mon ressentiment ; D'un superbe vainqueur porte le châtiment; Mes dédains à tes cris fermeront mes oreilles, Et je rendrai justice à toutes mes pareilles.

THÉASTE.

Pour la punition d'un qui ne vous veut pas Perdrez-vous un butin de vos rares appas? Achevez toutefois, beau miracle du monde; Perdez un malheureux , et vengez Florimonde. J'attends le coup fatal qui doit borner mes jours, Et bientôt vos rigueurs en finiront le cours.

FLORIMOIfDE.

J'aime cet entretien; gémis, pleure, soupire, Puisque ma volupté s'accroît par ton martyre ; Au hasard de tes jours prouve ton amitié , Mais n'espère jamais ni faveur ni pitié.

(Elle veut sortir.

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