‹ uvres de Jean Rotrou (volume 2)Chapitre 308 sur 465 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

CLÉANTE, THÉASTE.

CLÉAWTE.

Théaste , avoûras-tu ce que je veux savoir ?

THÉASTE.

Je confesserai tout , s'il est en mon pouvoir.

CLÉANTE

Aimes-tu Florimonde?

THÉASTE.

Hélas! de quelle envie Je vois , fidèle ami , le bonheur de ta vie ! Qu'un astre favorable en détourne tes pas ! Et que le sort est doux à qui ne l'aime pas !

CLÉAIVTE.

Quoi ! tu te plains déjà ? Cette présomptueuse Ne sait pas estimer ton ardeur vertueuse. Le mépris lui sied mal après tant de refus Qu'on a faits si long -temps à ses vœux superflus. Veut -elle, ayant souffert une si longue peine, Changer de qualité , trancher de l'inhumaine , Et briguer une place au rang de ces beautés Dont on voit tous les jours tant d'amans rebutés ?

Quelle , cruel ami , dans ce rang redoutable , A raison de prétendre un bien plus équitable ? As - tu porté les yeux sur les lis de son sein , Sans concevoir au moins un amoureux dessein ? As -tu vu sans amour l'or de ses tresses blondes-

Dessus un front si blanc se diviser en ondes ? Et le ciel devoit-il qu'à ses divines mains Commettre à gouverner le destin des humains ?

CLÉANTE

O dieux! Théaste en tient. Le beau sujet de rire! Encore un jour ou deux , et nous verrons bien pire. Théaste, pauvre amant, hélas! que ta raison Touche déjà de près sa dernière saison ! Es - tu de ces esprits qui , féconds en chimères , Se font d'objets mortels des dieux imaginaires ? As - tu ces mêmes yeux ?

THÉASTE.

Adieu; telle qu'elle est, Souffre que je l'adore, et dis ce qui te plaît.

(Il sort.) CLÉANTE seul.

Il est vrai que jamais rigueur plus obstinée

D'une chaste beauté n'a l'ardeur terminée ;

Que ses vœux innocens dévoient m'être plus chers ,

Et qu'elle a des bontés à fendre des rochers.

J'ai ri de ses soupirs , j'ai méprisé ses charmes ,

Et j'ai vu d'un œil sec ses yeux mouillés de larmes ;

Mille amans plus parfaits soupirent sous sa loi ,

Et ce qu'ils font pour elle , elle l'a fait pour moi ;

Je l'ai vue à mes pieds , pâle , triste , malade ,

Me prier de l'entendre , implorer une œillade ;

Je voyois de ses pleurs son beau sein arrosé ,

Et je lui reprochois ce que j'avois causé ;

Je condamnois l'ardeur qu'elle faisoit paroître.

Et ne pouvois souffrir ce que je faisois naître ;

O rigueur criminelle , indigne cruauté ,

Contre un si charmante et parfaite beauté !

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