‹ uvres de Jean Rotrou (volume 2)Chapitre 313 sur 465 · FLORIMONDE, ÉVANDRE · texte numérisé non relu

FLORIMONDE, ÉVANDRE

\/UE je m'entretenois d'un espoir inutile! Qu'en nos jeunes esprits la constance est fragile ! Et , quelque généreux qu'aient été mes efforts , Combien les traits d'Amour sont encore plus forts Que je sens un effet contraire à mon attente! Ma flamme chaque jour devient plus véhémente ; Elle est plus supportable alors qu'elle paroît , Et le dessein que j'ai de la cacher l'accroît. J'aime , j'aime Cléante , et cet esprit barbare Me paroît chaque jour plus charmant et plus rare. Il condamne mes pleurs , il rit de mes soupirs ; Mais son ingratitude augmente mes désirs, Et mon affection s'accroît par ma disgrâce , Comme chez lui mes feux produisent de la glace. J'ai dessein toutefois de ne m'exposer plus A la confusion de souffrir ses refus ; J'évite de ses yeux l'agréable lumière ; Le trouvant sur mes pas , je m'enfuis la première;

Je détourne les yeux de ses charmans appas. Mais à quoi ces froideurs , s'il ne les ressent pas ?

ÉVA.NDRE.

La loi d'Amour , madame , est une loi fatale ; On voit des changemens d'une importance égale ; Le vieillard affamé qui mange ses enfans Quelquefois des vainqueurs a fait des triomphans ; Cléante à ses dépens vous peut rendre justice , Et d'un esprit injuste éprouver le supplice.

Quel homme si barbare a jamais vu le jour ? Et qui jamais a dit : « Cléante a de l'amour ? » O le frivole espoir !

ÉVANDRE

Dedans ces âmes lentes , Ces ardeurs à la fin naissent plus violentes ; Il peut en vos ennuis prendre une égale part , Et beaucoup aiment plus pour avoir aimé tard. Usez d'autres moyens sur cette âme inhumaine , Employez le mépris où la caresse est vaine , Parez d'attraits nouveaux et de nouvelles fleurs Ce teint si dénué de ses vives couleurs ; Et , si vous le voulez éprouver davantage , Il faut souffrir Théaste ; agréez son servage ; Feignez de l'estimer, qu'on en sème îe bruit; Et ce faux changement peut - être aura son fruit. Il peut se repentir de son ingratitude , Et prendre part enfin en votre inquiétude.

Je suivrai ton avis ; certaine émotion

Me promet quelque effet de cette invention.

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