‹ uvres de Jean Rotrou (volume 2)Chapitre 315 sur 465 · SCÈNE IL ÉVANDRE, CLÉANTE · texte numérisé non relu

SCÈNE IL ÉVANDRE, CLÉANTE

CLÉANTE

Suis -je si dangereux? mon abord l'épouvante. O dieux , quel changement !

ÉVANDRE

Que votre sort est doux , Qui l'approche d'un autre et l'éloigné de vous ! Goûtez un long repos , chassez de vos pensées Cet objet importun de vos plaintes passées. Elle ne pousse plus de soupirs si pressans ; Son cœur est dégagé de l'empire des sens ; Un nouveau feu succède à sa flamme ancienne , Et le ciel rétablit votre paix et la sienne.

CLÉANTE

Connois-je point l'auteur de ce brasier naissant ?

ÉVANDRE

Théaste est le sujet des ardeurs qu'elle sent.

CLÉANTE

Théaste vaut beaucoup.

ÉVANDRE

Il languit , il soupire , Et par des signes vrais prouve un si vrai martyre , Que certes Florimonde eût été sans pitié , Demeurant insensible à sa ferme amitié.

Je m'en vais arrêter cet heureux mariage Qui sous un même joug leur deux âmes engage.

CLÉANTE

Le ciel soit favorable à leur affection, Et fasse réussir votre commission !

ÉVANDRE

Quand deux cœurs sont d'accord , cher Cléante , il me semblé . Qu'il n'est pas malaisé de les unir ensemble.

(Il sort.) CLÉANTE seul.

Homme le plus ingrat qui respire le jour ,

Indigne objet de tant d'amour, Cette rare beauté ne t'est plus importune ; Elle ne languit plus sous le joug de tes lois, Un autre a bien reçu l'amour que tu devois Moins à son jugement qu'à ta bonne fortune.

A d'autres yeux qu'aux tiens ses yeux ont été chers ,

Et tous cœurs ne sont pas rochers.

Un autre est glorieux de ce que tu rejettes ; En toi seul elle trouve un barbare meurtrier , Et l'amour n'eut jamais un rebelle si fier , Comme il n'a jamais eu de si belles sujettes.

Tu n'es plus cet objet si doux à ses désirs , Tu ne causes plus ses soupirs ;

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