SCÈNE IL ÉVANDRE, CLÉANTE
CLÉANTE
Suis -je si dangereux? mon abord l'épouvante. O dieux , quel changement !
ÉVANDRE
Que votre sort est doux , Qui l'approche d'un autre et l'éloigné de vous ! Goûtez un long repos , chassez de vos pensées Cet objet importun de vos plaintes passées. Elle ne pousse plus de soupirs si pressans ; Son cœur est dégagé de l'empire des sens ; Un nouveau feu succède à sa flamme ancienne , Et le ciel rétablit votre paix et la sienne.
CLÉANTE
Connois-je point l'auteur de ce brasier naissant ?
ÉVANDRE
Théaste est le sujet des ardeurs qu'elle sent.
CLÉANTE
Théaste vaut beaucoup.
ÉVANDRE
Il languit , il soupire , Et par des signes vrais prouve un si vrai martyre , Que certes Florimonde eût été sans pitié , Demeurant insensible à sa ferme amitié.
Je m'en vais arrêter cet heureux mariage Qui sous un même joug leur deux âmes engage.
CLÉANTE
Le ciel soit favorable à leur affection, Et fasse réussir votre commission !
ÉVANDRE
Quand deux cœurs sont d'accord , cher Cléante , il me semblé . Qu'il n'est pas malaisé de les unir ensemble.
(Il sort.) CLÉANTE seul.
Homme le plus ingrat qui respire le jour ,
Indigne objet de tant d'amour, Cette rare beauté ne t'est plus importune ; Elle ne languit plus sous le joug de tes lois, Un autre a bien reçu l'amour que tu devois Moins à son jugement qu'à ta bonne fortune.
A d'autres yeux qu'aux tiens ses yeux ont été chers ,
Et tous cœurs ne sont pas rochers.
Un autre est glorieux de ce que tu rejettes ; En toi seul elle trouve un barbare meurtrier , Et l'amour n'eut jamais un rebelle si fier , Comme il n'a jamais eu de si belles sujettes.
Tu n'es plus cet objet si doux à ses désirs , Tu ne causes plus ses soupirs ;