‹ uvres de Jean Rotrou (volume 2)Chapitre 316 sur 465 · ACTE III, SCÈNE IL · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE IL

Un juste coup du ciel change sa destinée , Tu ne seras plus sourd à ses vœux superflus ; Elle a séché ses pleurs , et tu ne verras plus Cette chaste Vénus à tes pieds enchaînée.

Attribue , insolent , au pouvoir de tes traits

La conquête de ses attraits; Montre partout les fers d'une esclave si belle, Vante - toi que ton cœur n'est qu'un rocher vivant , Goûte ces faux plaisirs, repais -toi de ce vent. Cependant qu'à ta honte un autre jouit d'elle.

Tandis que ton orgueil enrichit ton rival

D'un trésor qui n'a point d'égal , Du prix d'une beauté qui n'a point de seconde , Tu peux , sans être vain , exalter ton pouvoir. Et dire : Ils n'ont qu'un bien que je pouvois avoir ; Cette gloire est pour toi , mais ils ont Florimonde.

Inutiles pensers, honteuses rêveries.

Qui portez mon esprit à d'aveugles furies ,

Quelle loi vous dispense à troubler mon repos ?

Et qu'avancerez -vous contre un ferme propos?

Portez , tristes pensers , vos conseils inutiles

A ces cœurs abattus , à ces âmes serviles ,

Foibles jouets des vents, qui , sans cesse agités,

Entre mille desseins n'en ont point d'arrêtés.

Mais , ô foible discours qui flatte ma pensée ,

Dans le nouveau tourment dont mon âme est blessée ,

Tu ne peux empêcher l'étreinte de mes fers ,

Et ne rétablis «point le repos que je perds.

Un captif orgueilleux se flatte en. son servage ;

Je veux paroître libre alors que je m'engage.

Un orgueil raisonnable à mon mal seroit joint,

S'il m'étoit moins sensible en ne l'avouant point.

Mais j'aime ces charmeurs de tant de belles âmes,

Ces yeux qui forcent tout , qui causent tant de flammes ,

Mon sort est gouverné par ces astres d'amour ,

Et ces jeunes soleils me coûteront le jour.

Quelle nouvelle ardeur fait dans ce sein barbare

D'un si lâche mépris une amitié si rare ,

Et me peint aujourd'hui si doux , si plein d'appas,

Le même objet qu'hier mes yeux ne souffroient pas?

Sa beauté me déplaît quand elle m'est offerte ,

Et j'en suis idolâtre au moment de sa perte.

Est-ce que la raison m'a dessillé les yeux,

Pour me faire estimer ce chef-d'œuvre des cieux,

Pour bannir de mon cœur cette froideur extrême ,

Et pour me faire enfin perdre la raison même ?

Enfin que résoudrai -je en cette extrémité ?

Mais que puis-je résoudre étant sans liberté?

Soumettons à ses lois le cours de nos années ,

Et suivons sans dessein celui des destinées.

(Apercevant Thëaste.)

OÙ va seul et pensif ce glorieux amant ? Restreignons à ses yeux un fexi si véhément.

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