SCÈNE V
CLÉONIE, THÉASTE, ÉVANDRE.
c L É o N I E , retenant Théaste.
Arrête un peu , Théaste ; où s'adressent tes pas ? Je n'ai rien entendu , simple , n'en rougis pas.
THÉASTE ^feignant de chercher Tir sis.
Où le puis -je trouver? Quel aveugle caprice Le porte à me traiter avec tant d'injustice ? Si vous m'aimez encor , vous devez partager L'affront que je reçois de ce jeune étranger. Courons ; je l'atteindrai , quelque effort que sa fuite Fasse pour le sauver de ma longue poursuite.
CLÉONIE.
Oh ! le plus traître esprit qui soit en l'univers ! L'étranger que tu veux t'attend les bras ouverts , Et ton cœur , déguisé dessous ce front sévère ,
Le cherche plus brûlant d'amour que de colère. Que je n'empêche point l'effet de tes désirs ; Cours pousser en ses bras mille amoureux soupirs, Et vante insolemment le pouvoir de tes charmes, Si ta perte m'afflige et me coûte des larmes.
THÉASTE.
Le faut-il avouer? un autre objet que toi Attire mes désirs et possède ma foi :
Ce n'est pas ta beauté qui cause mon martyre , Et je te veux du bien assez pour te le dire ; C'est encore beaucoup que je t'aime à ce point De te désabuser et ne te jouer point.
(Il sort avec Evandre.)
CLÉONiE seule.
Sers , infidèle , sers quelque objet qui t'agrée ; Établis ton pouvoir sur toute la contrée. Le regret de ta perte est un mal si léger , Qu'il ne faut ni discours ni temps pour l'alléger. D'un si honteux regret mon âme est incapable ; Je t'obligerois trop te traitant en coupable. Je te puis oublier , si tu m'as pu trahir ; Et je t'aimois trop peu pour t'en pouvoir haïr.