ACTE III, SCENE VL
Il rend à ma raison l'empire de mes sens ; riorimonde est l'objet de ses désirs naissans, Et, vain imitateur d'un frère aussi perfide, Avec sa trahison croit faire un homicide.
TIRSIS
Dieux! oubliant en vous un objet qui plaît tant, Sur quoi peut s'excuser cet esprit inconstant ? Depuis que les saisons ont été divisées, Que le ciel voit ourdir nos fatales fusées ,. Et qu'Amour a du droit dessus la liberté , Un plus perfide amant a-t-il vu la clarté?
CLÉOW lE.
C'est un volage esprit; mais enfin quelle injure Vous fait obstinément mépriser ce parjure? Qui vous fait observer ces respects superflus? De quoi l'accusez -vous? ne me le celez plus.
TIRSIS
Enfin c'est trop long -temps prolonger votre attente;
La complaisance ici veut que je vous contente ,
Maintenant que lui-même il m'offre la saison
Oii je dois de son sang laver la trahison.
Tandis qu'un nœud commun unissoit vos deux âmes,
Je n'ai pu me résoudre à ruiner vos flammes.
J'évitois son abord , j'en détournois mes pas ;
Et lui laissois le jour pour ne vous l'ôter pas ;
Mais puisqu'à son malheur cet esprit infidèle
Pour un nouvel objet sent une ardeur nouvelle,
Rien ne peut plus sauver ce déloyal amant ,
Ni divertir l'effet de mon ressentiment.
Deux mots vous l'apprenant, notre injure et son crime
Vous feront avouer mon courroux légitime.
CLÉONIE.
Je sais bien qu'il est traître et sans comparaison.
TIRSIS
Lyon est mon pays , et Tirsis est mon nom ;
En ce lieu mes parens , chargés d'ans et de gloire ,
Ont laissé de leur vie une heureuse mémoire ,
Et des biens suffisans d'aider un successeur ,
A qui le ciel par eux n'a donné qu'une sœur :
Félicie est son nom , et cette jeune fille
Est la gloire et l'amour de toute sa famille ;
Son visage est pourvu d'assez doux ornemens ,
Et, si j'ose le dire, elle a fait des amans.
Mais elle a refusé deux ans une franchise
A des esprits constans qu'un infidèle a prise.
Séjournant à Lyon Théaste vint la voir ;
Un de ses alliés nous le fit recevoir ;
Elle plut à ses yeux , en eut mille visites ,
Et se sentit portée à chérir ses mérites.
Le temps accrut enfin leurs naissantes ardeurs ;
Ils bannirent d'entre eux et soupçons et froideurs;
Ils offrirent leurs bras à des chaînes communes ,
Et voulurent unir leurs jours et leurs fortunes.
Ma sœur m'ayant forcé d'approuver son amour ,
Eloigna mille amans qui lui faisoient la cour ,
Et répondit aux vœux de ce cœur infidèle ,
Qui feignoit lâchement , s'il ne brûloit pour elle.
Il pressa cet hymen , et nous de notre part ,
Espérant son retour , pressâmes son départ.
Il alloit, disoit-il, solliciter son père
De son consentement pour cette heureuse affaire ;
Mais son frère , qui vint tôt après , nous apprit