‹ uvres de Jean Rotrou (volume 2)Chapitre 324 sur 465 · SCENE PREMIERE · texte numérisé non relu

SCENE PREMIERE

CLÉANTE seul

-HiFFiiv, cède, Cléante , à d'invincibles charmes, Renonce à ta raison , mets bas ces vaines armes , Et , les chaînes aux mains et les genoux à bas , Prie ce même objet que tu n'y souffrois pas. Honte , confusion , inutile pensée , Importun souvenir de ma gloire passée, Présomption , mépris , constance , vanité , Que mon esprit vous perde avec sa liberté. Laissez - moi le dessein d'adorer Florimonde , Et faire qu'à mes vœux sa belle âme réponde. Portez enfin , mes bras , les fers qu'elle a portés ; Vous êtes des ingrats si vous ne l'imitez. Cœur , source de ses pleurs et de mon injustice , Conservant ta froideur tu conserves un vice , Et , pouvant t'exempter de l'aimer à ton tour , Tu nourris un mépris plus aveugle qu'Amour, Viens donc , chaste beauté , si chère à ma mémoire , Seul espoir de mes vœux , seul comble de ma gloire ; Adresse ici tes pas ; viens , déesse , en ces lieux , Voir répandre des pleurs à ces superbes yeux ;

Voir les fers que tu veux dessus ces mains captives , Me voir baiser tes pas imprimés sur ces rives , Voir cle ma vanité triompher ta vertu , Et ce barbare orgueil à tes pieds abattu ; Voejîs^^voir ce cœur ingrat souffrir sans récompense , Et qui fut tout espoir t'aimer sans espérance. Si ma foiblesse enfin succombe à mes douleurs , Je mourrai satisfait , j'aurai payé tes pleurs ; Ta pitié pour le moins plaindra mon aventure , Tu feras quelques vœux dessus ma sépulture , Et diras, te louant du pouvoir de tes traits : « Voilà dans le tombeau qui m'en a mis si près ; » Ce marbre tient enclos , sans vigueur et sans vie , » Cléante , cet ingrat qui me l'auroit ravie. » Mais je vois cette belle. Avançons dans ce bois, D où , sans être aperçu , je puisse ouïr sa voix.

(Il se cache dans le bois )

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