‹ uvres de Jean Rotrou (volume 2)Chapitre 326 sur 465 · ACTE IV, SCÈNE IL · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE IL

FLORIMOWDE.

Le fer est le recours des esprits insensés; Pour la flamme , l'aimant , vous en avez assez.

CLÉONIE.

Voyez combien de pleurs témoignent mon martyre , Quelles plaintes je fais et comme je soupire.

Les soupirs , les regrets , les plaintes et les pleurs , Ne sont que les effets des communes douleurs.

CLÉONIE.

Au moins , ne doutant point du mal qui me tourmente , Que ne consoliez -vous sa malheureuse amante?

FLOlilMONDE.

C'est que je n'ai pas cru que votre affliction Fût capable sitôt de consolation.

CLÉONIE.

Aimez , chère compagne , aimez cet infidèle ,

Répondez constamment à son ardeur nouvelle ;

Je ne troublerai point votre contentement ,

Et je vois sans regret un si doux changement.

Je ne ressentois point une amitié si forte ,

Que ce malheur ait pu m'affliger de la sorte ,

Que sa perte m'oblige à ces tristes propos ,

Et me doive coûter celle de mon repos ;

Mon espoir n'est point faux , et j'étois prête à rendre

Le droit que sur son cœur Théaste m'a fait prendre ;

Je l'eus sans insolence , et le perds sans ennui ,

Comme un présent du sort , aveugle comme lui.

Je prévoyois sa perte , et j'appris de son frère

A ne me rendre pas son amour nécessaire.

Timante m'a servie.

/|6o FLORIMONDE,

O dieux !

CLÉONIE.

Mais un instant, Et je ne tenois pas Théaste plus constant.

Pour moi qui, sous les lois d'un tyrannique empire. Ai plaint si vainement un si honteux martyre , Ce changement du sort qui finit mes douleurs , Qui modère mes feux et qui tarit mes pleurs ; Par qui je ne vois plus qu'un insolent me brave , Qui m'ôte ce tyran et me donne un esclave; Cet heureux changement me fait trouver si doux L'honneur de voir languir Théaste à mes genoux , Que , vaine de me voir sous ses lois asservie , J'estime également mon servage et ma vie , Et rougis tous les jours des maux que j'ai soufferts Pour ce présomptueux qui méprisoit mes fers.

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