‹ uvres de Jean Rotrou (volume 2)Chapitre 327 sur 465 · ACTE IV, SCENE III. 46i · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCENE III. 46i

Importun , laissez - moi.

CLÉANTE, la retenant.

L'agréable caresse !

FLORIMOISTDE.

Pom^quoi m'arrêtez -vous ? Adieu, l'heure me presse.

CLÉANTE

M'ayant , pour m'exprimer votre amoureux souci , Arrêté si souvent , me traitez - vous ainsi ?

FRORIMOJVDE.

Le mal est bien cruel qui n'a jamais de cesse ; Et ce qui fut n'est plus. Passez , ou je vous laisse.

CLÉANTE

Quoi ! vous avez un cœur capable de changer , Et l'inconstant qu'il est me vouloit engager ?

ELORIMOWDE.

Ou justement ou non , il me plaît de le faire ; Et je renonce enfin au dessein de vous plaire.

CLÉANTE

Mais si j'étois sensible à votre affection , Et que j'eusse caché mon inclination ?

FLORiMOFDE.

S'agissant du repos , c'est mal fait que de feindre , Et tel se rit d'Amour qui peut après s'en plaindre.

CLÉANTE

Si, détestant enfin mes injustes mépris , Un juste repentir engageoit mes esprits ?

Je verrois de bon œil votre attente trompée. Après l'occasion qui vous est échappée.

46a FLORIMONDE,

CLÉANTE

Peut-être que mes pleurs obtiendroient mon pardon, Et que votre pitié m'accorderoit ce don ?

Vos pleurs pourroient plutôt échauffer de la glace. Vous revenez trop tard, un autre a pris la place.

CLÉONIE.

O dieux ! quel changement !

CLÉANTE, a genoux.

Adorable beauté , Cher et charmant objet de ma fidélité , Ce rigoureux mépris m'est un juste supplice ; Je ne murmure point contre votre justice , Et viens , plus assuré des peines que du prix , Livrer un criminel aux beaux yeux qui l'ont pris. Punissez , Florimonde , un ingrat , un barbare , Qui refusoit Thonneur d'une amitié si rare ; A qui le ciel , touché de vos longues douleurs , Avec usure enfin fait payer vos malheurs. L'amour a trouvé place en cette âme inhumaine , Et ma confusion est ma première peine.

Ce fier , ce dédaigneux , cet e«inemi d'Amour , Aime plus que mortel qui respire le jour. Je doute de quel trait est mon âme blessée , Et quel aveuglement occupoit ma pensée.

Quel destin est le mien , qu'une heure , qu'un moment . Ait fait de ma froideur un sensible tourment !

o dieux ! qu'un doux effet succède à mon envie Si dessous mes désirs votre âme est asservie! Et que je vais punir d'un mépris rigoureux

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