‹ uvres de Jean Rotrou (volume 2)Chapitre 335 sur 465 · FLORIMONDE, CLÉANTE · texte numérisé non relu

FLORIMONDE, CLÉANTE

CLÉANTE

Insensible sujet du tourment qui me presse,

D'un sévère mépris sévère vengeresse ,

Qui du mal que j'ai fait faites mon châtiment ,

Et qui pour me punir m'imitez seulement ,

Forcez , reconnoissant ma peine et mon servage ,

D'une extrême bonté cet extrême courage;

Je n'excuserai point ces mépris insolens

Dont j'ai moi-même éteint des feux si violens.

Je ne murmure point , ma peine est légitime ,

Et mon supplice encore est moindre que mon crime.

Mais que n'obtiennent pas des soupirs si pressans ?

Que ne peuvent toucher les ennuis que je sens ?

Et qu'est - ce que , forçant les plus justes défenses ,

Ne font sur un grand cœur de grandes repentances ?

Je me sens consumé des feux que j'ai nourris ;

Mes pleurs né coulent plus et mes yeux sont taris ;

A peine en ma douleur , qui n'a point de seconde ,

Puis-je que proférer le nom de Florimonde ;

Ce beau nom est tout seul l'entretien de ma voix ,

Ces bois et ces rochers l'ont ouï mille fois;

Ils m'ont vu soupirer , et , s'ils le pouvoient dire ,

Ils rendroient votre cœur sensible à mon martyre.

Me suivrez- vous long - temps ? quel est ce vain tourment ?

Quoi ! l'Amour peut sur vous régner si lâchement !

N'êtes -vous pas, monsieur, cet objet insensible ,

Ce cœur indifférent , de glace , inaccessible ,

Indigne de nos vœux , qui n'a rien mérité ,

Et qui n'a rien de cher après sa liberté ?

Ingrat , ainsi le ciel a changé ma fortune ;

Ainsi je dois répondre à ta plainte importune ;

En vain tu prétendrois un plus doux traitement.

Adieu , pleure , languis , soupire librement.

CLÉANTE, a genoux.

Par ces yeux que j'adore , ouvrez , belle meurtrière , Encore un seul moment l'oreille à ma prière : Je suis donc un coupable indigne de pardon ? Et tant de criminels ont obtenu ce don ; Un obstiné mépris , une insolente audace , Et la trahison même a parfois eu sa grâce ; Ne portez point, cruelle , aux extrêmes effets Le plus humble captif que vous eûtes jamais. Ma mort vous déplaira quand vous l'aurez soufferte ; Qui m'aura méprisé regrettera ma perte; Et tels à qui les pleurs ont fait de vains efforts , Ont bien été pleures quand on les a cius morts.

Voyez comme l'amour apprend de belles choses I Vous avez lu cela dans les Métamorphoses; Mais ce siècle n'est plus.

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