TIMANTE
Je doute si je vis et si je vois le jour.
Vous m'aimez , Cléonie ! O bonté sans seconde ,
Et dont le seul récit étonnera le monde !
Oyez en peu de mots une confession
Que rien n'excuseroit que votre affection.
Vous savez que je fus , sur certaine nouvelle ,
A Lyon , où mon frère avoit vu cette belle ;
Il m'avoit estimé cette rare beauté ,
Et sa vue en effet surprit ma liberté ;
Ma raison fut troublée , et d'un ferme courage
Ses yeux et votre absence en firent un volage ;
J'oubliois Cléonie , et Félicie enfin
D'un empire absolu gouverna mon destin.
(A Felicie.)
Quoique je vous trouvasse à mon dessein contraire, J'espérai m'avancer aux dépens de mon frère , Et je vous dis , madame (insigne trahison ! ) , Qu'une autre depuis peu cap ti voit sa raison. Lui , s'apprêtant d'ailleurs à partir de Florence , Reçut de votre mort une fausse assurance.