ACTE V, SCÈNE V
Voyez en quel état son malheur l'a réduit , Et prévenez les coups du ciel qui le poursuit.
CLÉANTE
O céleste aventure!
O divine journée , Par qui de tant d'amans la peine est terminée ! Timante est de retour.
THÉASTE.
Tu parois à mes yeux M'ayant voulu ravir ce trésor précieux , Frère cent fois ingrat !
TIMANTE, montrant Clêonie.
Quand ma belle geôlière N'aura point rejeté ma timide prière, Je vous conterai tout , et par quel attentat Je parois en ces lieux en ce honteux état.
(Il se met à genoux.)
Criminel , mais saisi d'un repentir extrême , Je ne veux ni témoin ni juge que vous-même. J'ai rompu mes liens, il est vrai , je l'ai fait, Et je ne puis trouver d'excuse à mon forfait ; Mais le temps , qui me rend mes premières pensées , A dans mon souvenir vos grâces retracées , Et j'ose à vos genoux implorer la pitié Que me peut accorder votre rare amitié. Ainsi que mon forfait cette faveur est grande , Mais le courage est grand à qui je la demande. J'ose encore espérer , et ne me lève point Que votre affection ne m'accorde ce point.
CLÉOFIE.
Je souffre ta présence après ta perfidie ! Traître, tu m'as charmée , il faut que je le die; Gouverne mes desseins , dispose de mes vœux , Et prends comme il te plaît le pardon que tu veux; Tu sais trop ton pouvoir , et ta moindre prière Suffit à désarmer ma plus juste colère.
CLÉAWTE.
O rare affection !
o véritable amour î