‹ uvres de Jean Rotrou (volume 2)Chapitre 351 sur 465 · ÉLISE, LUCIE · texte numérisé non relu

ÉLISE, LUCIE

ÉLISE

XjNCore un coup , Lucie, après cette défense ,

Ne m'en parle jamais , n'en prends plus la licence ;

Ne t'intéresse point au choix de mes amans ,

Laisse à ma passion ses libres mouvemens ;

Dans ce cœur outragé ne promets point de place ,

N'en combats point la haine et n'en vends point la grâce ;

Celui que tu lui peins avecque tant d'attraits

Y placera plutôt un poignard que ses traits;

Et tant que de mes jours subsistera la trame ,

La mort de don Louis saignera dans mon âme.

LUCIE

Vous voyez mal mon cœur lorsque vous m'imputez De vendre à vos amans l'espoir de vos bontés ; Tome V. 32

Et pour la lâcheté d'une action si vile ,

Il faut l'avoir trop bas et l'âme trop servile ;

Je n'ai pu voir les maux que le prince a soufferts

Sans blâmer vos rigueurs et sans plaindre ses fers ;

Il n'ose que par moi vous ouvrir sa pensée ,

Et ce sont les motifs qui m'ont intéressée.

Votre inhumanité ne les peut approuver ;

Vous m'imposez silence , il le faut observer ;

Mais j'approuve bien moins cette rigueur extrême ,

Dont l'obstination vous coûte un diadème.

ÉLISE

Offrant tout l'univers à mon ambition ,

Il n'ébranleroit pas cette obstination.

Je veux , ferme ennemie et généreuse amante ,

Faire voir à mon siècle une fille constante,

Et , par une vertu qu'on ne puisse émouvoir ,

Honorer notre sexe et marquer son pouvoir.

Ton adresse , Lucie , est un art inutile ,

Et fait un vain effort contre un cœur immobile.

Quand son bras n'auroit pas dedans le monument

Enfermé mon amour avecque mon amant ,

Et quand aux mouvemens d'une nouvelle flamme

Mon deuil auroit laissé l'accès libre en mon âme ,

Il sait mal m'obliger à lui vouloir du bien ,

Et par son amour même est indigne du mien.

Je porte une âme haute , ou , si tu veux , altière ,

Qui répugne à rien voir de bas ni de vulgaire ;

Ces vils abaissemens , ces lâches désespoirs ,

Et ces efféminés et serviles devoirs ,

Sentent leur âme basse et leur esprit malade ,

Et n'ont rien qui me touche et qui me persuade.

Le sceptre qu'il attend , son rang , ses dignités ,

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