‹ uvres de Jean Rotrou (volume 2)Chapitre 352 sur 465 · ACTE I, SCENE I · texte numérisé non relu

ACTE I, SCENE I

Ne peuvent m'éblouir parmi ces lâchetés.

Un généreux dépit , un courroux magnanime ,

Une noble fureur , s'obtiendroient mon estime ,

Et qui me peut souffrir après tant de rigueur

Ne peut beaucoup m'aimer avec si peu de cœur.

Souffre au deuil qui m'occupe , et dont tu m'as distraite ,

Dans cette solitude un moment de retraite ,

Et vois si le courrier qu'on attend chez le roi

Sait que mon frère arrive , et s'il n'a rien pour moi.

(Lucie sort.)

Reviens , cher entretien de ma triste mémoire ,

Appuyer ma constance et soutenir ma gloire :

Tout mort et tout sanglant , reviens dedans mon cœur ,

O mon cher don Louis, combattre ton vainqueur.

Il apporte au combat de dangereuses armes ;

De l'espoir d'un empire il emprunte les charmes.

Il marche environné de toute la splendeur

Que d'un puissant monarque étale la grandeur :

Et toi , dedans la nuit éternellement sombre ,

Ne lui peux opposer qu'un fantôme et qu'une ombre :

Mais cette ombre en mon cœur efface son orgueil 5

Je ne puis préférer son trône à ton cercueil ,

Et je sacrifîrai , d'un dessein noble et ferme ,

Tous les feux de mon âme aux cendres qu'il enferme.

Son faste en vain prétend enchanter mes douleurs;

Rien ne plaît à mes yeux au travers de mes pleurs ;

Tu fus toute ma gloire , et ma triste aventure

Enferma tous mes vœux dedans ta sépulture.

Mais , dieux ! le prince ici ! Quels assez sombres lieux

Sous ces arbres pourront me cacher à ses yeux ?

(Elle sort.)

5oo DON LOPE DE CARDONE ,

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