‹ uvres de Jean Rotrou (volume 2)Chapitre 367 sur 465 · ACTE II, SCENE IV. 5i · texte numérisé non relu

ACTE II, SCENE IV. 5i

Le droit que sur Valence Alphonse a prétendu , Qu'une infidèle mer borne encor mon empire.

DON LOPE

Oui, seigneur, sous vos lois sa cote encor respire;

Dessous votre étendard à peine déployé

De l'hydre qui naissoit cent têtes ont ployé :

D'abord Albe , Oropèse , Alicante , Orivelle ,

N'ont point voulu tenir pour le parti rebelle ,

Et nous semblions , à voir les peuples accourir ,

Visiter vos pays plus que les conquérir.

Nos progrès n'avoient fait aucun sanglant spectacle,

Quand Alfach de leur cours a commencé l'obstacle.

Où, sans être envieux, je ne puis oublier

Ce que la renommée a dû vous publier ,

Que don Sanche , seigneur , par sa haute entreprise ,

Presque seul et sans nous a cette île conquise ,

A le premier pris terre, et, pour gagner ces bords,

S'y lançant , a couvert le champ de tant de morts ,

Essuyé tant de traits , et de cette contrée

Avecque tant de sang su s'aplanir l'entrée ,

Que la frayeur qu'il mit au sein des ennemis

Par cet unique exploit a presque tout soumis :

Mais et de son adresse et de son grand courage

Valence mieux qu' Alfach a rendu témoignage ;

Ce qu'a fait ce grand homme en ce célèbre exploi

Ne peut que par les yeux s'acquérir de la foi.

DON SANCHE

Arrêtez moins, ami, sur des sujets frivoles , Et pour parler de vous laissez -moi des paroles.

DON LOPE

Je ne m'exprime pas comme vous méritez, Mais sans faste , sans art , je dis des vérités.

Victorieux d' Alfacli , nous crûmes de Valence Devoir sans différer attaquer l'insolence. A ce noble projet aucun ne balança; Nous résolvons le siège et chacun s'avança. Mais Gusraan de Giron , qui gardoit ses murailles , Aimant mieux hasarder le destin des batailles , Assemble ce qu'il a de plus fameux soldats , Sort et marche vers nous pour nous couper le pas : De son camp approchant les sons nous réjouissent ; Les cœurs moins résolus d'aise s'épanouissent ; Déjà d'un noble orgueil tous s'estiment vainqueurs , Les fronts pleins de fierté promettent tout des cœurs , Et l'un et l'autre camp plus tôt aux mains qu'en face y Se dispute âprement la victoire et la place. Je ne vous peindrai point l'image de l'horreur Qu'y tracèrent de sang la Mort et la Fureur ; 11 suffit, pour bien peindre une guerre allumée, Qu'on étoit Espagnol en l'une et l'autre armée ; Et que tantôt poussans , et tantôt repoussés , Aucuns rangs de long -temps ne furent enfoncés: Enfin ne pouvant plus voir la victoire en doute , Et d'aucuns qui ployoient craignant notre déroute, Ce grand homme , inspiré d'un généreux avis , Change avec un soldat et d'armes et d'habits , Et , prenant cent des siens pour marcher à sa suite , Dans le camp ennemi feint une lâche fuite, Couvre d'une infamie une haute vertu.

Se feint comme le bras le courage abattu , Et , demandant parti , conjure qu'on les rende Aux pieds victorieux de celui qui commande : Arrivés à son char, don Gusman apprend d'eux Des armes d'Aragon l'événement douteux ,

Page 1