‹ uvres de Jean Rotrou (volume 2)Chapitre 368 sur 465 · ACTE II, SCÈNE IV. Sai · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE IV. Sai

Et que , nés Castillans sous un sort plus propice ,

Ils viennent à leur maître immoler leur service :

Leur chétif équipage et leur simple façon

Au sein du général ne jette aucun soupçon ;

Par son soin seulement leur bande désarmée

Est mise aux derniers rangs qui composent l'armée.

Où , n'étant observés d'aucun des ennemis ,

Et tirant de longs fers cachés sous leurs habits ,

Avant qu'aucun vers eux pense à tourner visage ,

Ils en font un si prompt et si sanglant carnage ,

Qu'au spectacle des morts dont ils jonchent le champ

Une confuse horreur s'étend par tout le camp.

Sur les piles de corps , dont ils prennent les armes ,

Leurs cris jettent partout de mortelles alarmes ,

Et l'ennemi , surpris d'un accident si prompt ,

Et réduit à combattre et de queue et de front ,

Fuit , s'écarte , s'empresse , et , contre notre attente ,

Laisse choir en nos mains la victoire flottante.

Don Sanche en ce combat toujours au premier rang ,

Tout couvert de sueur , de poussière et de sang ,

Cherche où Gusman commande , y fait passage , y vole ,

Et lui tranche la vie avecque la parole :

Sa mort est la dernière , et le coup qui l'abat

Nous laisse l'avantage et le champ du combat.

DON PHILIPPE, à don Pedre.

O dieux î lequel des deux mérite plus d'estime , Ou la valeur qu'il vante , ou la voix qui l'exprime ? Comte , pour m'acquitter comme il a combatu , A quel prix mettrons -• nous cette insigne vertu?

DON LOPE

Quand Alfach seroit sienne, et

DON SA.NCHE.

Mes services, sire, Ont pour objet un prix plus grand que votre empire. Ne bornez point celui que vous leur destinez , Que leur suite plus loin n'ait vos états bornés , Et , dans ce que don Lope a tu par modestie , Oyez de nos progrès la meilleure partie : Valence , en ce combat , dont on lui fait rapport , De sa rébellion n'arrête pas l'effort ; Elle a pour elle encor l'abri d'une muraille , Et veut qu'on tente un siège après une bataille. La défense en effet ne lui défailloit pas , Et ses murs enfermoient encor de bons soldats. Les traits qu'à notre abord la garnison décoche, D'une effroyable grêle en défendent l'approche , Où , laissant avancer quelques audacieux , Les font marcher à l'ombre et leur cachent les cieux , Quand pour un temps enfin cet orage s'apaise. Que d'Annibal, seigneur, Carthage ici se taise. Et qu'aux siècles futurs don Lope seulement Excite de l'estime et de l'étonnement.

Ce grand cœur, qui peut tout, quoi qu'il ose entreprendre, A fait des vérités des fables d'Alexandre , Et , par une action qui ternit tous nos faits , S'est acquis une gloire à ne mourir jamais. Impatient qu'il est de l'espoir des rebelles , Il ordonne l'assaut, fait planter les échelles; Et voyant quelque temps nos gens délibérer , Au mépris des dangers qu'il avoit à parer. Monte , vole aux créneaux , s'en rend maître , s'y plante , Au sein des ennemis y jette l'épouvante, Reçoit dans son écu les traits de toutes parts,

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