‹ uvres de Jean Rotrou (volume 2)Chapitre 369 sur 465 · ACTE II, SCÈNE IV · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE IV

Et des plus assurés étonne les regards.

De ces grêles de traits sa suite traversée ,

Des premiers échelons trébuche renversée ;

Et , seul aux yeux d'un peuple et d'un camp étonné ,

Comme dans un désert il semble abandonné.

DOW PHILIPPE

O généreux rivaux, qu'avec droit la fortune Vous partage ses vœux et vous est si commune !

DON SANCHE

Au point que par des cris aussi tendres que vains Nous l'appelions à nous et lui tendions les mains ; Les fossés se comblant de mille funérailles , Il se précipita dans l'enclos des murailles , Incertain d'y périr et trouver son tombeau , Par la main d'un soldat ou celle d'un bourreau , Puisque sans un grand heur cette chute inouïe Vif le pouvoit livrer à la ville' ennemie ; Mais par un heur insigne, en s'y précipitant , Il tomba sur ses pieds et s'y tint combattant. Enfin parmi cent morts dont il couvrit la place , Un dard, par Un défaut où joignoit la cuirasse , L'atteignit au côté d'un coup si violent , Que le genou ployé, pâle, froid et sanglant, Ne pouvant s'arracher l'arme qui le traverse , Sans force et comme mort sa douleur le renverse. Le soldat , qu'avec droit ce coup dut animer , Ravi d'un tel succès, court pour le désarmer. Jette les armes bas , croit l'aborder sans peine , Et qu'en l'état qu'il est la prévoyance est vaine ; Mais sa main ose à peine approcher de son corps Que ce Mars expirant ramassant ses efforts ,

Pendant qu'à cet office il la sent occupée , Au flanc qu'il trouve nu lui plante son épée. Lors d'un lieu mal gardé surprenant le défaut , Nous en gagnons l'accès par un nouvel assaut, Et faisant , sans égards ni de sexe ni d'âge , De la ville effrayée un horrible carnage , Arrivés au secours de ce héros mourant , L'enlevons de ce lieu froid et presque expirant: Enfin , par le bonheur qui suit votre couronne , Et contre notre espoir , le ciel nous le redonne , Ne peut priver la cour d'un si brillant éclat, Et vous rend avec lui le repos de l'état.

DON PHILIPPE, embrassant don Lope.

O glorieux vassal! quelle reconnoisance Peut ici m'affranchir du défaut d'impuissance? Lui puis -je offrir un prix à sa vertu pareil? Don Sanche , sur ce point j'attends votre conseil.

DON SANCHE

Sire, pour égaler ce prix à son mérite , Vous possédez trop peu, l'Espagne est trop petite; Mais la gloire qu'on trouve à faire son devoir Est le prix des travaux qui n'en peuvent avoir.

DON PHILIPPE

Deux cœurs d'une valeur telle et si peu commune Sont les plus chers présens que m'ait faits la fortune; Avec votre secours je puis tout conquérir , Et ne puis trop donner à qui peut tout m'offrir. Tous deux , quoi qui vous rie, et quoi que je hasarde. Souhaitez seulement, et l'effet me regarde.

DON LOPE

J'ose aspirer plus loin que je n'ose espérer;

Mais , seigneur , mes souhaits se pourront modérer ,

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