‹ uvres de Jean Rotrou (volume 2)Chapitre 376 sur 465 · ACTE III, SCÈNE IIL · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE IIL

En mon plus cher ami mon plus fâcheux rival. Hier , après qu'une nuit sans lune et sans étoiles Eut caché le soleil dans ses plus sombres voiles , Passant sous le balcon où cet astre d'amour Peut des plus noires nuits enclorre un si beau jour, Un homme par hasard trouvé sous sa fenêtre , Qu'en cette obscurité je ne pus reconnoître , S'en tirant me heurta , peut - être sans dessein ; A l'instant, un peu prompt, j'eus l'épée à la main, Et , trop imprudemment poursuivant sa retraite , Payai d'un coup au bras cette ardeur indiscrète. Après quelque défense où je l'avois forcé , J'ois tomber de ses mains le fer qui m'a blessé , Et le cherchant en vain dans une nuit si sombre , Il m'évite , s'écarte , et s'égare dans l'ombre. Me retirant enfin , et trouvant sous mes pas Ce fer mouillé du sang qu'il m'a tiré du bras , Je l'emporte , et chez moi je reconnois l'épée Qu'en tant d'ocasions tant de sang a trempée , Et qui , si glorieux en son dernier emploi , A si bien soutenu la gloire de son roi. Enfin , ne doutant plus , après cette aventure , De ce que je savois déjà par conjecture, Et devant un effort à cet illustre amour , Qui m'otât un rival ou qui m'otât le jour, J'ai tenté ce combat et cru que la victoire En mettroit notre estime à sa plus haute gloire. Et que ce que nos bras ont fait de plus fameux IN'égaloit pas l'honneur de vaincre un de nous deux.

Pour vous faire en deux mots lire au fond de mon âme, Et ne rien déguiser d'une aussi belle flamme ,

Rare honneur de Moncade , et gloire d'Aragon ,

Et vous , digne héritier et du sang et du nom ,

Quoique les yeux divins dont le feu me consomme

Soient des objets trop hauts pour les regards d'un homme ,

Que ce soit trop oser que de délibérer

Si sans leur faire injure on les peut adorer ,

Et que je tremble enfin au nom de Théodore,

Innocent ou coupable, il est vrai, je l'adore.

Hier , cet aveugle amour osant guider mes pas ,

Vers l'invincible aimant qu'ont pour moi ses appas ,

Et d'abord entendant du bruit sous sa fenêtre.

Car dans l'obscurité je ne vous pus connoître ;

Mon respect m'en chassoit , mais ce respect fut vain ,

Nous eûmes différent , ce fer chut de ma main ,

Et la crainte de voir ma flamme découverte

Me fit à sa recherche en préférer la perte ,

Enfin , ce même fer , par un destin fatal ,

Nous ayant à chacun appris notre rival ,

Malgré notre amitié que rien ne peut dissoudre ,

Nous voici sur le champ , qu'y devons - nous résoudre ,

Si l'on doit rien résoudre en des lieux où l'honneur

Fait arbitres de tout l'adresse et le bonheur ?

DOW FERNAND

Si vous avez pour but ces adorables charmes ,

Un si noble intérêt est digne de vos armes :

Mais quelle confiance osez- vous concevoir ,

Que l'on les autorise et souffre votre espoir ?

Et s'il doit être vain , quelle aveugle furie

Vous fait sans intérêt hasarder votre vie ?

Mais peut-être l'infante, accessible à vos vœux.

Ou souffre l'un de vous , ou vous souffre tous deux :

Pouvant et l'un et l'autre espérer de lui plaire ,

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