ACTE III, SCÈNE III. 53i
Et , pour quelques raisons qui vous puissent armer , Verser le meilleur sang qui la puisse animer ? A-t-elle quelque part dedans votre querelle, Et devez - vous combattre et mourir que pour elle ? Si mon sang me promet quelque respect d'un fils , Votre jeunesse en doit, comte , à mes cheveux gris. Si vous refusez donc vos jours à votre prince , A l'amour du pays , aux vœux de la province , Que par quelque respect j'apprenne au moins de vous Le sujet de ma crainte et de votre courroux. Si c'est un différent ou d'amour ou de gloire , J'en puis être l'arbitre et vous m'en devez croire ; De cet aveugle enfant j'ai ressenti les lois, Et je n'ai pas sans fruit vieilli sous le harnois : Si dedans ce combat l'honneur vous intéresse C'est moi qui vous y porte , et moi qui vous en presse , Vous engageant l'estime où j'ai toujours vécu D'assister le vainqueur et plaindre le vaincu , Et de ne point mêler les droits de la nature Parmi votre triomphe ou votre sépulture.
DON SAWCHE.
Avant qu'armer ce bras je me suis combattu Avec tous les efforts de ma foible vertu , Et le ciel m'est témoin que pour une conquête Qui d'un bandeau royal devroit orner ma tête. Je n'aurois pas conçu le funeste dessein Qui nous met aujourd'hui les armes à la main. Mon ennemi m'est plus qu'un trône et qu'un empire ; Je donnerois pour lui le jour que je respire, Et l'Amour qui m'a fait ce noble concurrent, Pouvoit seul entre nous former ce différent : Si je m'ose expliquer , vous aurez peine à croire
53a DON LOPE DE CARDONE,
A quel prix mon orgueil veut mettre ma victoire , Et vous condamnerez l'ambitieux projet Que l'amour a formé dans le cœur d'un sujet , Vous tremblerez au nom de l'objet que j'adore: Théodore, mon père
DON FERIVAND.
O Dieu! Thé
DON SANCHE
Théodore , Ce charme de cent rois, ce miracle amoureux (La parole est lâchée), est l'objet de mes vœux. Cette présomption a surpris votre attente.
DON FERNAND
J'ai lieu d'être surpris. Théodore ! l'infante !
DON SANCHE
Si vous l'êtes si fort , vous avez oublié
Ce que si hautement son père a publié;
Qu'irrité du refus qu'Alphonse de Castille
Pour gage de la paix avait fait de sa fille ,
Il fermeroit l'oreille aux autres potentats,
Et prendroit alliance en ses propres états :
S'il est ainsi , quel sang touche plus la couronne
Que celui de Moncade , ou celui de Cardone ?
Quels bras méritent mieux d'en être le soutien
Que celui de don Lope , ou le votre et le mien ?
Enfin laissons l'empire , et parlons de l'infante :
J'ai voué tous mes soins à cette noble attente :
Les charmes de ses yeux , bien plus chers que son rang ,
M'ont fait à leur poursuite exposer tout mon sang ;
Et quand d'un faux espoir ma vanité flattée
Ne doute plus d'atteindre où mes vœux l'ont portée ,
Je trouve , par un sort à cet espoir fatal ,