SCÈNE IV
Les mêmes; LUCIE.
LUCIE
Qu'est-ce, seigneur? O ciel! quelle est votre foiblesse ?
DON PÈDRE
Procure-moi, Lucie, un mot de ta maîtresse.
LUCIE
Vous connoissez l'ingrate , et vous savez
DON PÈDRE
Va tôt :
Ne t'en excuse point, je ne lui veux qu'un mot.
(A part.) (Lucie sort.)
Quelle stupide crainte à sa porte m'attache ! Il le faut avouer , un amant est bien lâche! Il faut pour bien aimer un cœur bien abattu ; J'exerce en ce respect une folle vertu ,
Et
LUCIE, revenant.
J'en prévoyois bien cette ingrate réponse. Avecque déplaisir , seigneur , je vous l'annonce. L'insensible, d'un air vain et plein de fierté, S'excuse de vous voir sur un mal de côté Qui , si j'en puis juger, ne l'incommode guère.
DON PÈDRE
L'intérêt qui m'amène est celui de son frère.
Lucie , encore un coup, au nom de cet amour,
Dont la fatale ardeur me coûtera le jour ,
Fais que tant de rigeuur pour un moment s'apaise ;
Je ne l'entretiendrai de rien qui lui déplaise ;
Je lui veux seulement offrir près de ma sœur ,
Pour l'intérêt du comte , et mes soins et mon cœur.
LUCIE
Je retourne tenter celte humeur indocile , Mais je n'espère pas de la voir plus facile.
( Elle sort.) DOW PÈDRE.
Justes ressentimens tout près de m'emporter , Mouvemens qui pressez ma fureur d'éclater , Tentons auparavant tout le respect possible , Et souffrons jusqu'au bout de cette âme invincible. Tel effort, dont parfois on ne s'est rien promis, A des succès heureux , et vainc des ennemis.
( Lucie revenant.)
Elî bien ?
LUCIE
Entreprenez une roche , une souche , Plutôt que d'espérer un bon mot de sa bouche 'y. Pour toute courtoisie elle m'a reparti Qu'elle est incommodée et don Lope sorti. C'est un mépris étrange , et vous êtes à plaindre.
DOIV PÈDRE.
Ah ! c'est trop de foiblesse , et c'est trop me contraindre Méprisons cette ingrate après tant de mépris , Et ressens-toi, mon sang, du sein où je t'ai pris.