‹ uvres de Jean Rotrou (volume 2)Chapitre 392 sur 465 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

ÉLISE , sur sa porte , DON PÈDRE, OCTAVE, LUCIE.

DOF PÈDRE.

Eh bien , superbe , eh bien , il faut reprendre une âme

Sur qui vous exerciez un empire de flamme ,

Que vous deviez au sort pkis qu'à votre beauté,

Et qui n'étoit à vous que par ma lâcheté ;

Il faut rentrer au rang où le ciel m'a fait naître;

De votre esclave il faut devenir votre maître ;

Et, n'obéissant plus qu'aux lois de la raison.

Du mal que vous feignez tirer ma guérison.

J'ai contre l'ascendant sous qui vous êtes née

Voulu prêter la main à votre destinée ,

Et , pour vous élever en un rang glorieux ,

Essayer de forcer l'influence des cieux;

Mais je vois bien qu'en vain tout notre effort s'obstine

A corrompre l'instinct oîi la naissance incline ;

Sa force nous entraîne , on ne peut la dompter ;

Né pour ramper par terre , on répugne à monter.

Faites un grand trophée , et rendez - vous insigne

Par le mépris des vœux dont vous n'êtes pas digne r

On portera bien haut ce mépris effronté ,

Et vous aurez grand lieu d'en faire vanité !

Vos yeux vous soumettront assez d'autres provinces,

Tous les jours à vos pieds ils abattront des princes ;

Des rois et des états sont leurs moindres butins ,

Et de toute l'Europe ils feront les destins.

O ridicule orgueil, et vanité frivole!

On est souvent de soi l'idolâtre et l'idole ;

Et tels s'osent flatter de l'espoir d'un grand bien ,

Et conçoivent beaucoup , qui ne produisent rien.

ÉLISE

Vous jouez un indigne et lâche personnage , Prince; à quoi tant de bruit? suivez votre courage. Dans ce juste courroux trouvez votre repos , Et ne perdez point tant d'inutiles propos.

(Elle sort.) LUCIE.

Dieux !

(Elle sort.)

Je ne les perds pas , s'ils peuvent vous déplaire ; La raison me les dicte, et non pas la colère, Et toutes vos faveurs ne rapprocheroient pas Ce cœur qui se dérobe à vos foibles appas. J'ai fait des lâchetés , vous en avez fait gloire , Vous m'avez défendu jusqu'à votre mémoire; Je n'ai plus de devoirs à vous sacrifier , Je vous obéirai jusqu'à vous oublier , Jusqu'à ne vous souffrir ni vous ni votre frère , Que pour le desservir et vous être contraire , Que pour vous détester, et de tout mon effort Mettre vos jours en butte à tous les coups du sort. Don Lope est seulement ce que je l'ai fait être; Les moyens s'offriront, ou je les ferai naître, De le mettre aussi bas que j'ai su l'élever. Et détruire un destin que j'allois achever.

OCTAVE

J'ai bien peine à vous croire , et l'amant qui menace Tout en injuriant est prêt à faire grâce. Le temps

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