‹ uvres de Jean Rotrou (volume 2)Chapitre 399 sur 465 · ACTE V · texte numérisé non relu

ACTE V

DON LOPE, dans la chambre ou il est arrête; ÉLISE.

DON L OPE

Aurez -vous pleinement satisfait votre envie , Quand vous aurez détruit ma fortune et ma vie ? L'une et l'autre , ma sœur , sont prêtes d'expirer. Je n'espérois qu'en vous, je n'ai plus qu'espérer. Elles ne valent pas un mot , une prière ; Vous feriez violence à votre humeur altière , Et pour vous obliger à ce sensible effort, Il vous faut un sujet plus pressant que ma mort.

ÉLISE

Quand vous me reprochez que du sang qui m'anime Je ressens trop la force et soutiens trop l'estime , Je ne vous conçois plus dans cet illustre rang , Où vous portiez si haut l'honneur du même sang , Et vous trouvant vous-même à vous-même contraire, En mon frère aujourd'hui ne connois plus mon frère. Un si vaillant guerrier que vous l'aurez été Peut -il rien souhaiter par une lâcheté? Un si généreux frère, et du sang de Cardone, Tome V. 36

Peut - il rien accepter que l'honneur ne lui donne ?

Et vous voulez tenir et l'infante et le jour

D'une lâche foiblesse et d'un honteux amour?

Vous m'appelez ingrate, orgueilleuse, inhumaine.

Si je ne me soumets à l'objet de ma haine ,

Et n'immole à ses vœux tout le ressentiment

Que me laissent l'amour et la mort d'un amant.

J'embrasserois la mort avec plus d'allégresse

Que je ne commettrois cette indigne foiblesse.

Je dois tout et puis tout pour le nœud qui nous joint ;

Mais pour des lâchetés ne m'en demandez point.

On n'exécute pas toujours comme on menace ;

On commande parfois afin de faire grâce.

Vos services du roi fléchiront le courroux ;

Les rebelles vaincus lui parleront pour vous ;

Il vous doit conserver s'il ne veut se détruire,

Ou d'une rude atteinte ébranler son empire.

Si le prince me tient pour un objet d'horreur.

S'il me hait en effet j'aigrirois sa fureur ;

S'il m'aime , il doit pourvoir où cet amour l'invite ,

Et s'employer pour vous sans qu'on l'en sollicite.

Ainsi je ne ferois que perdre un lâche soin ,

Puisque je le prîrois sans fruit ou sans besoin.

DON LOPE

Bien , laissez - moi mourir , croyez votre courage.

ELISE

Mourant, je vous suivrai; je ne puis davantage. Celui dont sur mon cœur l'amour fut impuissant , Et que je n'ai pu voir soumis ni languissant , Sans une aversion pour lui si violente , Ne me verra jamais à ses pieds suppliante ; Et je conserverai cette noble fierté ,

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