‹ uvres de Jean Rotrou (volume 2)Chapitre 400 sur 465 · SCÈNE IL · texte numérisé non relu

SCÈNE IL

Les mêmes; DON PHILIPPE, Gardes; ensuite THÉODORE, CYNTHIE, LUCIE.

DON LOPE

Quelle bonté , seigneur , en ce lieu vous amène ? Vous , voir un criminel , vous dedans ma prison !

DON PHILIPPE

Je plains votre malheur, comte, et j'en ai raison;

A votre seul renom toute l'Europe tremble;

Il fait plus pour l'état que tout l'état ensemble.

Par vous l'Espagne est calme , et le More aujourd'hui

Respecte un souverain dont vous êtes l'appui :

La preuve de valeur que vous avez rendue

A réduit une ville à démentir sa vue :

Pour ce qu'a fait ce bras en ce célèbre emploi ,

La plus crédule oreille à peine a de la foi ;

Vous me rendez Valence , et par cette conquête

Ma couronne ébranlée est encor sur ma tête ;

Je vous en dois le prix , vous l'avez demandé :

C'est mon sang , c'est ma fille , il vous est accordé ;

Oui , Théodore est vôtre , et ma reconnoissance

N'a contre cet hymen excuse ni défense ,

Et je veux qu'à l'instant vous vous donniez les mains.

DON LOPE

Moi, seigneur!

ÉLISE

O monarque , honneur des souverains !

DON PHILIPPE

Oui , VOUS ; mais de ce prix payant votre conquête ,

A ma justice aussi vous devez votre tête.

Et vous n'avez pas dû perdre le souvenir

Qu'aussi bien qu'à payer je suis juste à punir.

Vous savez mon serment; vos désobéissances

Ont sans le respecter violé mes défenses :

Les soins et les devoirs rendus à mes états

Du respect de mes lois ne vous dispensent pas.

Je sais que votre chute ébranle ma couronne ;

J'en perds en vous perdant la plus ferme colonne ,

Je me prive d'un gendre , et perds en lui l'espoir

De voir oii l'on m'ignore étendre mon pouvoir :

J'ai plus de part que vous dedans votre supplice ;

Mais contre son sang propre un roi doit la justice.

Quand l'infante devoit régler votre débat ,

Contre mon ordre exprès vous rendez un combat ;

Vous croyez qu'il suffit , pour mépriser son prince ,

D'avoir accru sa gloire et sauvé sa province :

Non , non , je suis roi , comte , et ce combat fatal

Attaquoit mon pouvoir plus que votre rival.

Je ne puis balancer au châtiment d'un crime

Où mon autorité voit blesser son estime ;

Et mon règne est injuste , et j'y dois renoncer ,

Si je ne sais punir comme récompenser:

Don Sanche comme au crime auroit part au supplice,

Si sa mort ne l'avoit soustrait à ma justice ;

Ainsi de mon arrêt évitant la rigueur

I^a défaite est plus douce au vaincu qu'au vainqueur.

DON LOPE

Si les lois de l'honneur , sire , en cette occurrence Sur celles de l'état n'ont point de préféj-ence ,

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